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Johan Gesrel

Montauban : "On est à poil, Monsieur le préfet", la colère des agriculteurs face aux aides jugées insuffisantes

Ce jeudi 1er octobre 2026, près de 80 agriculteurs se sont réunis devant la préfecture de Montauban (Tarn-et-Garonne) à l'appel de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs. Trois représentants syndicaux se sont présentés en caleçon devant le préfet pour symboliser la situation de détresse économique provoquée par la sécheresse et les orages.

Malgré la situation, Damien Garrigues et Loic Ducasse gardent leur sérieux face au préfet.
Malgré la situation, Damien Garrigues et Loic Ducasse gardent leur sérieux face au préfet.
Crédit : Johan GESREL / TOTEM
L'image était forte ce jeudi 1er octobre 2026 devant la préfecture de Montauban (Tarn-et-Garonne). Trois représentants syndicaux agricoles se sont présentés en caleçon face au préfet Sébastien Cauwel. Une manière d'illustrer un message sans détour : "On est à poil, Monsieur le préfet". Autour d'un barbecue organisé par la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs, près de 80 exploitants ont échangé avec le représentant de l'État sur les difficultés économiques qui frappent les fermes tarn-et-garonnaises. Aucun débordement n'a été constaté, mais les inquiétudes sont nombreuses.
 
Pour répondre à la crise, l'État a annoncé une enveloppe de 2,6 millions d'euros dans le cadre du plan CASI (Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies) . Une somme destinée en priorité aux 450 à 500 exploitants les plus en difficulté dont les exploitations restent économiquement viables. Pour les syndicats, le compte n'y est pas. "Ce plan on l'a rebaptisé Casi rien. Il y a 2 millions d'euros qui redescendent sur le département, c'est de la médecine de guerre, on a collé des pansements sur des jambes de bois", estime Damien Garrigues, président de la FDSEA de Tarn-et-Garonne.
 

Des pertes qui atteignent jusqu'à 85 %

Selon les premières estimations communiquées par la préfecture, les pertes atteignent entre 20 et 25 % pour certaines productions. La noisette et la prune d'ente enregistrent quant à elles des pertes comprises entre 65 et 70 %. Dans certains secteurs comme Nègrepelisse ou Cazes-Mondenard, les orages ont même provoqué localement jusqu'à 85 % de pertes. Pour Damien Garrigues, le décalage est énorme entre les dégâts subis et les aides annoncées : "Dans notre département, on a déjà enregistré près de 100 millions d'euros de pertes agricoles. Avec 2 millions d'euros d'aides, on est à peine à 2 %. Sans savoir faire de maths, on voit bien que ça ne compense pas les pertes."
 
Même tonalité chez Loïc Ducasse, président des Jeunes Agriculteurs de Tarn-et-Garonne : "Aujourd'hui, l'aide représente en moyenne 518 euros par exploitation. Ça ne représente même pas un plein de carburant. On se partage des miettes. C'est des bouts de pain jetés à des pigeons." Les représentants agricoles réclament notamment une détaxation renforcée du GNR, une baisse des charges et un meilleur partage de la valeur au sein de la filière. "Nous avons l'agriculture la plus vertueuse au monde. Pourtant, ceux qui produisent n'arrivent plus à vivre de leur travail", déplore Loïc Ducasse.
 

"Même avec la bonne foi, on n'arrive plus à suivre"

Au-delà de la question des aides financières, les discussions ont largement porté sur la gestion de l'eau. Plusieurs agriculteurs ont dénoncé des règles qu'ils jugent incohérentes pour l'irrigation. L'un d'eux a pris l'exemple d'une retenue collinaire autorisée à stocker 10 000 m³ d'eau. Une fois le quota prélevé atteint, l'eau revenue naturellement après un épisode orageux ne peut plus être utilisée. "On marche sur la tête", a résumé un exploitant, qui estime que cette eau resterait de toute façon bloquée derrière la digue.
 
Les participants ont également pointé une charge administrative devenue difficile à gérer. "Même avec la bonne foi, on n'arrive plus à suivre. Il y a toujours un nouveau document, une nouvelle démarche. On est occupés dans nos exploitations et les responsabilités sont déjà énormes." D'autres ont évoqué le coût des abonnements aux réseaux d'irrigation, parfois facturés même lorsque l'eau n'est pas consommée. "Ne croyez pas qu'on arrose pour le plaisir. Arroser, c'est du travail, des charges et de la surveillance", a insisté un agriculteur.
 

Le préfet plaide pour davantage de retenues d'eau

Face à ces remontées de terrain, Sébastien Cauwel a défendu une approche pragmatique de la gestion de l'eau. "On a eu les pieds dans l'eau cet hiver et, quatre mois plus tard, on a du mal à irriguer", a souligné le préfet. Le représentant de l'État estime nécessaire d'accélérer les projets de retenues d'eau dans le département afin de stocker une partie des précipitations hivernales pour les périodes les plus sèches. Selon lui, plusieurs réalisations pourraient aboutir à l'horizon 2028-2029.
 
Le préfet a également annoncé avoir sollicité des exonérations de taxe foncière sur le non-bâti pouvant atteindre 55 % pour certaines productions et jusqu'à 65 % pour les noisettes. Malgré ces annonces, les syndicats agricoles continuent d'attendre des mesures plus fortes de la part du gouvernement. Damien Garrigues a d'ailleurs renouvelé son invitation au président de la République. "Si le préfet a compris notre message, alors le président peut aussi le comprendre. Mais pour ça, il faut qu'il vienne constater la réalité du terrain."