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Johan Gesrel

Moissac : relaxé pour agression sexuelle, Jean-Paul Nunzi condamné pour avoir pisté son ex-épouse

L'ancien député-maire de Moissac (Tarn-et-Garonne), âgé de 84 ans, a été condamné ce mardi 8 septembre 2026 à huit mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Montauban. Il a été relaxé des faits d'agression sexuelle dénoncés par son ex-épouse mais reconnu coupable d'avoir envoyé des messages malveillants, ouvert du courrier et fait géolocaliser cette dernière.

La salle Clémence-Jusselin du tribunal judiciaire de Montauban.
La salle Clémence-Jusselin du tribunal judiciaire de Montauban.
Crédit : Johan GESREL
Reportée une première fois au printemps dernier, l'affaire concernant Jean-Paul Nunzi a finalement été examinée ce mardi 8 septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Montauban (Tarn-et-Garonne). L'ancien député-maire de Moissac, âgé de 84 ans, comparaissait pour plusieurs infractions commises dans le contexte de sa séparation avec son épouse : agression sexuelle sur conjoint, atteinte au secret des correspondances, envois réitérés de messages malveillants et atteinte à l'intimité de la vie privée par géolocalisation. En début d'audience, l'avocate de Jean-Paul Nunzi a reclamé le huis-clos afin de préserver l'intimité du prévenu. Demande finalement rejetée par les juges.  
 
En fauteuil roulant et souffrant de problèmes d'audition, l'ancien élu a même conduit le tribunal à déplacer les débats dans une autre salle d'audience afin qu'il puisse entendre correctement les échanges avec la présidente Emmanuelle Yvert. À l'origine de cette procédure, une plainte déposée en avril 2024 au moment de l'engagement d'une procédure de divorce. L'ex-épouse de Jean-Paul Nunzi reproche à ce dernier d'avoir cherché à surveiller sa vie privée après leur séparation. Les investigations ont notamment mis au jour l'envoi de 114 messages entre décembre 2024 et janvier 2025, l'ouverture de courriers et la découverte de plusieurs balises GPS sous son véhicule. Les gendarmes ont également établi qu'elle avait été suivie par une agence de détectives privés.
 
À la barre, Jean-Paul Nunzi a reconnu une partie des faits : « J'ai ouvert le courrier. Je cherchais à comprendre pourquoi elle était partie comme ça. Au fur et à mesure que je déprimais et m'épuisais, c'est là qu'elle est sortie », a expliqué l'ancien parlementaire faisant une fixation sur un appartement familiale à Sète où son ex-épouse aurait refait sa vie avec un amant.
 
La présidente Emmanuelle Yvert lui a alors répondu : « Vous semblez inverser la situation. C'est elle qui a reçu les messages. C'est vous qui avez mis les balises. C'est vous qui ouvrez le courrier. Vous ne cessez pas alors que le constat d'adultère, vous le constatez rapidement. Vous ne tournez pas la page. » Interrogé sur la pose des dispositifs de géolocalisation, Jean-Paul Nunzi a simplement répondu : « J'ai arrêté ».
 
Plus tard dans l'audience, la magistrate a également relevé l'absence d'antécédents judiciaires de l'ancien élu : « Vous avez 84 ans, pas de casier judiciaire. Avoir appris qu'elle vous trompait vous a-t-il fait perdre le sens commun ? » Jean-Paul Nunzi a répondu : « C'était amoral de sa part. La balise ? Une faute. Ce qu'elle a fait est amoral. » La présidente de conclure : « Il faut reconnaître que vous êtes allé largement trop loin. »
 

Une audience marquée par l'émotion de la partie civile

L'ex-épouse de Jean-Paul Nunzi est venue témoigner à la barre avec des sanglots dans la voix. Elle décrit une relation qu'elle estime marquée par l'emprise. « Tu contrôlais ma vie, les horaires des repas, du coucher, les personnes que je pouvais voir, toujours avec lui, jamais seule. Je me suis retrouvée conjointe aidante mais j'avais besoin de répit, de me reposer, d'être écoutée. »
 
Concernant les faits d'agression sexuelle, ils concernent un matin de juillet 2024 où l'épouse de Jean-Paul Nunzi se réveille : « Il avait son doigt dans mon vagin. Ce n'était pas consenti », raconte l'ex-épouse. Une plainte sera déposée en octobre 2024, passé l'effet de la sidération, explique Me Sylvanie Delbouys. L'avocate de la partie civile décrit une relation marquée par une forte différence d'âge, 33 ans, et un rapport de domination qu'elle a assimilé à une forme de soumission à la figure paternelle.
 

Le parquet requiert la relaxe sur l'agression sexuelle

Dans ses réquisitions, la procureure Lucile Moutier a distingué les différents volets du dossier. Concernant l'agression sexuelle dénoncée par l'ex-épouse, elle a estimé que le doute devait bénéficier au prévenu. « C'est la parole de l'un contre la parole de l'autre. On peut interpréter les messages d'une façon ou d'une autre. Il peut y avoir un doute », a expliqué la magistrate. Elle recquiert la relaxe de Jean-Paul Nunzi sur ce chef de poursuite.
 
En revanche, le ministère public a considéré comme établis les autres faits. « Il a réagi de façon inadaptée. Les faits sont caractérisés. Il a polarisé sur la suspicion d'infidélité et l'appartement de Sète », a estimé Lucile Moutier, réclamant une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis simple.
 
La défense, assurée par Me Karine Jaspart, plaide également la relaxe : « On juge un homme sur une période très courte après une vie sans casier judiciaire », a-t-elle déclaré. L'avocate conteste les accusations d'agression sexuelle : « On va vous dépeindre un notable qui imposait les choses. Un homme puissant, célèbre. Il n'y a jamais eu aucune menace. » Concernant les balises GPS, elle reconnait les faits tout en appelant le tribunal à la clémence : « Il a acheté deux balises, il assume. Il y a bien atteinte à la vie privée. Il avait besoin de comprendre ce qui se passait. »
 
À l'issue du délibéré, le tribunal correctionnel de Montauban a suivi l'analyse du parquet. Jean-Paul Nunzi a été relaxé des faits d'agression sexuelle mais condamné à huit mois de prison avec sursis pour les envois de messages malveillants, l'atteinte au secret des correspondances et la géolocalisation de son ex-épouse.