Modifié : 1h29 par
Johan Gesrel
"J'ai entendu beaucoup de mensonges" : à 9 ans, elle témoigne à la barre face à son agresseur sexuel de 79 ans
Ce mardi 8 septembre 2026, au tribunal correctionnel de Montauban (Tarn-et-Garonne), une fillette de 9 ans a témoigné face à l'homme qu'elle accusait d'agressions sexuelles. Une prise de parole rare qui a contribué à révéler d'autres victimes et à faire condamner le septuagénaire.
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Un doudou - Illustration.
Crédit : Image par Richard Revel de Pixabay.
Une robe bleu marine, des lunettes et les cheveux attachés, son doudou dans les bras. Au tribunal correctionnel de Montauban (Tarn-et-Garonne), ce mardi 8 septembre 2026, une fillette de 9 ans s'est avancée à la barre pour raconter les agressions sexuelles qu'elle affirme avoir subies durant plusieurs mois.
Pour préserver son anonymat, nous l'appellerons Jade*. L'enfant a tenu à assister aux débats et à prendre la parole face au compagnon de son arrière grand-mère âgé de 79 ans poursuivi pour agressions sexuelles sur mineures. Une démarche peu fréquente devant un tribunal correctionnel, tant l'exercice est éprouvant pour un enfant. À la barre, la jeune victime a expliqué avoir voulu entendre les déclarations du prévenu. Après avoir livré son récit, elle a confié : « J'ai entendu beaucoup de mensonges ». Une allusion aux dénégations répétées du septuagénaire tout au long de l'audience. L'homme reconnaît passablement : « J'ai pu mettre des mains aux fesses en les chahutant ».
« Il m’a dit de ne pas le dire à maman »
Devant les juges, Jade livre sa version : « Tous les jours, à la piscine, Michel* me touchait. Je l’ai dit à mamie. Elle a dit, c’est pas grave. Je me suis sécher, et il est revenu. Un autre jour, quand il roulait en voiture, il avait une main au volant et une main sur mes parties intimes. Après en sortant de la voiture, il a fait sortir Nathan*, il m’a touché et il m’a dit de ne pas le dire à maman ».
Selon le dossier, quatre personnes l'accusaient de comportements ou d'agressions à caractère sexuel remontant pour certains à plusieurs années. Durant les débats, le septuagénaire n'a pas manqué de couper la parole à la juge Emmanuelle Yvert pour contester les accusations et évoquer un complot destiné, selon lui, à le faire quitter la région : « Elle a appris sa leçon par coeur » lance le grand-père après le témoignage de Jade*, suscitant dans la salle la colère des proches de la petite.
Selon le dossier, quatre personnes l'accusaient de comportements ou d'agressions à caractère sexuel remontant pour certains à plusieurs années. Durant les débats, le septuagénaire n'a pas manqué de couper la parole à la juge Emmanuelle Yvert pour contester les accusations et évoquer un complot destiné, selon lui, à le faire quitter la région : « Elle a appris sa leçon par coeur » lance le grand-père après le témoignage de Jade*, suscitant dans la salle la colère des proches de la petite.
Une prise de parole rare et éprouvante
L'avocate de la fillette, Me Virginie Béteille, reconnaît avoir d'abord été opposée à cette prise de parole. « C'est une intervention qui est assez rare devant les tribunaux correctionnels. C'est éprouvant pour le mineur qui vient témoigner, mais cela peut aussi faire partie du processus de reconstruction sur des faits d'agression sexuelle », explique l'avocate au micro de TOTEM.
C'est finalement la détermination de sa jeune cliente qui l'a convaincue. « Elle est venue deux fois me voir et elle m'a convaincue qu'elle souhaitait parler parce qu'elle avait des choses à dire », poursuit Me Virginie Béteille. Durant l'audience, l'enfant a notamment été affectée par les contestations du prévenu. « Elle a été déstabilisée par le fait qu'on la traite de menteuse. C'est ce qui lui a fait le plus mal. Mais elle a su rebondir. C'est important de souligner son courage parce qu'on en voit très peu », ajoute l'avocate. Selon cette dernière, une fois son témoignage terminé, la fillette souhaitait même reprendre la parole pour compléter certains éléments qu'elle estimait ne pas avoir pu exprimer.
Une affaire révélée grâce à la parole d'une enfant
Pour l'accusation, cette affaire n'aurait probablement jamais émergé sans le témoignage de la jeune fille. À l'audience, la procureure Lucile Moutier a souligné que sa parole avait permis de lever un secret familial et de faire apparaître d'autres victimes. Me Virginie Béteille partage cette analyse.
« Sans la parole de cette petite, aujourd'hui, on ne serait pas là. C'est une enfant de 9 ans qui a permis de mettre un terme à des agissements qui duraient depuis des années », affirme-t-elle. Selon les débats, certains faits évoqués dans le dossier remontaient à plusieurs décennies. Plusieurs victimes ont finalement accepté de témoigner après la plainte déposée par la fillette.
Un dossier « malaisant » selon la défense
Lors de sa plaidoirie, Me Laurent Mascaras a évoqué un dossier « malaisant » et chargé d'émotion. L'avocat de la défense a estimé que son client s'était réfugié dans une négation totale des faits, tout en plaidant l'existence d'un doute sur certains actes dénoncés par les parties civiles. Selon lui, les témoignages ne permettaient pas d'établir avec certitude l'ensemble des agressions reprochées au prévenu.
À l'issue de l'audience, le tribunal a condamné le septuagénaire à trois ans de prison avec sursis probatoire pendant trois ans. Une injonction de soins a également été prononcée. Le prévenu a interdiction d'entrer en contact avec les victimes et avec tout mineur. Le tribunal lui interdit également d'exercer une activité professionnelle ou bénévole en lien avec des enfants. Son inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles a enfin été ordonnée.
* Tous les prénoms ont été modifiés
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