Modifié : 20 octobre 2026 à 21h11 par
Johan Gesrel
Bruniquel : il coupe un virage à 100 km/h et tue une jeune motarde
Ce mardi 20 octobre 2026, le tribunal judiciaire de Montauban (Tarn-et-Garonne) a condamné un Corrézien de 39 ans à deux ans de prison avec sursis pour un accident mortel survenu à Bruniquel en juin 2023. Au volant d'un utilitaire, il avait percuté de face la moto de Justine, une Tarnaise de 20 ans.
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Laurent Belou, avocat au barreau de Cahors.
Crédit : Johan GESREL / TOTEM
Le drame s'était produit le 18 juin 2023, le jour de la fête des pères, dans les gorges de l'Aveyron, à Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Ce mardi, devant le tribunal correctionnel de Montauban, un jardinier de 39 ans domicilié en Corrèze devait répondre d'homicide involontaire après la mort de Justine, une jeune Tarnaise de 20 ans. Présidée par Emmanuelle Yvert, l'audience est revenue en détail sur les circonstances de l'accident.
Selon l'enquête, le conducteur circulait au volant d'un Renault Kangoo appartenant à son père lorsqu'il s'est déporté dans un virage avant de percuter frontalement la moto de la jeune femme. Les investigations ont établi plusieurs infractions aggravantes : une vitesse évaluée à 100 km/h dans une zone limitée à 80 km/h, des pneumatiques fortement usés avec de la toile apparente sur l'un des pneus avant ainsi que l'absence de prorogation de son permis de conduire après une précédente suspension. Le jour des faits, Justine circulait à moto avec son compagnon et un ami. Tous deux roulaient devant elle. Inquiets de ne plus la voir dans leurs rétroviseurs, ils avaient fait demi-tour avant de découvrir la scène du drame. Malgré l'intervention des secours, la jeune femme était décédée sur place.
"Une somme de bêtises évitables"
Lors de ses premières déclarations aux gendarmes, le conducteur avait affirmé que la motarde lui avait "foncé dessus". Une version qu'il a progressivement abandonnée face aux éléments techniques de l'enquête. À la barre, il a évoqué un "trou noir" au moment des faits. Les enquêteurs n'ont relevé aucune trace d'alcool ou de stupéfiants sur le conducteur du Kangoo. "J'aimerais pouvoir justifier. Une somme de bêtises évitables. J'ai des flashs, c'est mélangé. Je ne peux pas nier l'expertise. J'ai commis une erreur", a-t-il déclaré.
Souffrant d'une algie vasculaire de la face et suivi psychologiquement, l'homme est décrit comme un homme solitaire, renfermé avec des crises de douleur qui l'empêchent de prendre le volant quand ces crises surviennent. Son avocate Elodie précise qu'il a également effectué deux tentatives de suicide depuis le drame. Son casier porte mention d'une seule condamnation pour conduite sous stupéfiant en 2009. "J'essaye de me relever. Je sais que je ne suis pas le plus à plaindre", a-t-il ajouté.
Une famille "qui ne vit pas mais qui survit"
Les témoignages recueillis auprès des proches de Justine ont également été rappelés à l'audience. Son père a décrit une jeune femme passionnée de moto depuis l'enfance, prudente et équipée à chacune de ses sorties. Sa mère a confirmé qu'elle roulait toujours de manière adaptée. Me François Mireté, avocat du père, des frère et sœur ainsi que du compagnon de la victime, a dressé le portrait d'une jeune femme particulièrement investie auprès des siens. "L'histoire d'une famille peut basculer en une fraction de seconde. Justine était une enfant joyeuse, attentionnée. Une deuxième maman pour ses frère et sœur. Ce n'est pas un fait divers. Elle a toute une famille derrière elle."
L'avocat a également contesté les trous de mémoire évoqués par le prévenu. "Ce n'est pas la moto qui a tué Justine mais l'inconséquence du conducteur. La famille ne vit pas mais elle survit." L'avocat de la grand-mère maternelle a, lui aussi, insisté sur les conséquences durables du drame. "Tout était réuni pour provoquer le pire. Il est bien le seul responsable de ce désastre familial." Pour la mère de Justine, Me Laurent Belou a rappelé l'évolution du vocabulaire employé pour désigner ce type de dossiers. "C'est certes un accident, mais ce n'est pas tout à fait un accident. C'est une collision avec tout ce que cela comporte comme conséquences terribles pour une famille. Le législateur a changé les termes d'homicide involontaire en homicide routier. C'est quelque chose de fondamental."
Deux ans de prison avec sursis requis et prononcés
Dans ses réquisitions, la procureure Jeanne Regagnon a souligné que les circonstances aggravantes étaient pleinement caractérisées. Elle a rappelé la vitesse excessive, les pneus lisses et le mauvais état général du véhicule. Elle a aussi évoqué le comportement initial du conducteur qui avait tenté de faire porter la responsabilité de l'accident à la victime. Estimant toutefois que le prévenu ne présentait plus de dangerosité particulière et qu'il n'avait pas vocation à reprendre le volant rapidement, elle a requis deux ans de prison avec sursis, l'annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser pendant deux ans ainsi que deux amendes de 135 et 35 euros.
De son côté, Me Élodie Cipière, avocate de la défense, a plaidé en faveur d'une peine adaptée à la personnalité de son client. "Il sait qu'il est coupable. Ce n'est pas un dangereux fou du volant. Il n'essaie pas de s'échapper." Avant que les juges ne se retirent pour délibérer, le prévenu a pris une dernière fois la parole. "Aucun mot dans la langue française ne peut traduire ce que j'ai commis. Je ne pensais pas faire autant de mal. Je présente toutes mes excuses à la famille."
Le tribunal a finalement condamné le Corrézien à deux ans de prison avec sursis, à l'annulation de son permis de conduire pendant douze mois ainsi qu'aux deux contraventions requises. Le conducteur devra en outre verser entre 9 et 30 000€ aux différents membres de la famille et proches de Justine,
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