Modifié : 18 septembre 2026 à 20h53 par
Johan Gesrel

Tarn-et-Garonne : "on vit une saison historique", la canicule fait chuter la récolte de pommes

Dans le premier département producteur de pommes de France, les conséquences de la canicule et de la sécheresse sont déjà visibles. À Montauban (Tarn-et-Garonne), le groupe Blue Whale annonce des pertes de récolte allant jusqu'à 35 % sur certaines variétés précoces. Des fruits plus petits, plus mûrs et plus difficiles à vendre, alors que les débouchés à l'export se compliquent.

Une station de tri et de conditionnement de pommes - Illustration.
Une station de tri et de conditionnement de pommes - Illustration.
Crédit : Johan GESREL / TOTEM
Après une campagne 2025-2026 record avec plus de 384 millions d'euros de chiffre d'affaires, le premier exportateur français de pommes aborde la nouvelle saison avec beaucoup plus d'inquiétude. Bruno Bertheloz, directeur général de Blue Whale, constate déjà les effets des fortes chaleurs et du manque d'eau sur les vergers du Sud-Ouest :  "On est en train de vivre une saison historique. La fin du printemps et le début de l'été ont été marqués par des températures caniculaires et une absence importante de précipitations. Cela a un impact très significatif sur nos récoltes."
 
Sur les premières variétés récoltées, notamment la Royal Gala, les pertes atteignent entre 25 et 35 %. Les pommes sont également plus petites et affichent une maturité plus avancée que d'habitude. Cette situation inquiète particulièrement les pommiculteurs du Tarn-et-Garonne, 1er département producteur de France, car elle pose des questions sur la capacité de conservation des fruits. Une partie plus importante de la récolte pourrait être orientée vers la transformation industrielle plutôt que vers les rayons des supermarchés.
 

Des pommes plus petites et moins rentables

Selon Blue Whale, les fruits touchés par la chaleur perdent de leur valeur marchande. Certaines pommes ne pourront pas être stockées plusieurs mois comme c'est habituellement le cas. "On va être dans l'obligation d'arbitrer entre une pomme que l'on va conserver des semaines ou des mois et une pomme qui devra partir vers la transformation", explique Bruno Bertheloz.
 
Pour éviter le gaspillage, plusieurs enseignes de la grande distribution ont déjà annoncé qu'elles accepteraient des fruits de plus petit calibre ou présentant des défauts visuels mineurs. Une décision jugée indispensable par la filière. Malgré cela, les producteurs font face à un marché encombré et à des prix insuffisants pour compenser les pertes de volume. "Quand on perd 30 % de sa production, si on ne retrouve pas 30 % de valeur, il y a une perte nette."
 

L'export pénalisé par la situation au Moyen-Orient

À ces difficultés climatiques s'ajoute un contexte géopolitique défavorable. Historiquement, le Moyen-Orient constitue un débouché important en début de saison pour les pommes françaises. Mais les tensions persistantes autour du détroit d'Ormuz perturbent fortement les échanges maritimes. Blue Whale indique que les coûts de transport ont quasiment quadruplé et que les temps d'acheminement ont fortement augmenté.
 
Une situation déjà évoquée par le groupe dans son dernier bilan de campagne. "Ces solutions ne sont pas activables cette saison. C'est un des sujets qui complexifie la bonne gestion de ces débuts de campagne." L'entreprise tente de rediriger une partie des volumes vers l'Afrique, l'Inde ou l'Asie, mais seules les pommes présentant les meilleures garanties de conservation peuvent supporter ces longs trajets.
 

Une récolte européenne historiquement faible

La France n'est pas le seul pays touché. Selon Blue Whale, l'ensemble de l'Europe a subi les effets des épisodes climatiques extrêmes. La Pologne, premier producteur européen, a été frappée par le gel puis par la sécheresse. La Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne ont également subi des épisodes de grêle. Résultat : la récolte européenne de pommes pourrait atteindre son plus faible niveau depuis vingt ans.
 
Face à cette évolution du climat, Blue Whale estime que l'avenir passera par l'adaptation des vergers mais aussi par une politique de gestion de l'eau plus ambitieuse. "La solution d'avenir, il n'y en a qu'une : il faut stocker de l'eau. La France est aujourd'hui un des pays qui stocke le moins d'eau au regard de sa production agricole." Le groupe travaille également au développement de nouvelles variétés plus résistantes à la chaleur, tout en rappelant qu'un pommier reste une culture fortement dépendante de la ressource en eau.