Modifié : 22 septembre 2026 à 19h25 par
Johan Gesrel

Saint-Sardos : une des premières appellations viticoles emportées par le climat

Ce mardi 22 septembre 2026, l'appellation Saint-Sardos entre dans une phase de mise en sommeil. Faute de récolte et après une vague d'arrachages, la cave coopérative cesse son activité. Seul le Domaine La Tucayne poursuivra l'aventure, désormais sous la bannière Vin de France.

Hervé Cayrou devant les dernières vignes qu'il compte arracher à Saint-Sardos.
Hervé Cayrou devant les dernières vignes qu'il compte arracher à Saint-Sardos.
Crédit : Johan GESREL / TOTEM

C'est la fin d'une histoire viticole vieille de plusieurs générations dans la Lomagne tarn-et-garonnaise. L'appellation Saint-Sardos vit ses derniers jours après l'arrêt de l'activité de la cave coopérative des Vignerons de Saint-Sardos, qui représentait à elle seule près de 97 % des volumes produits sous l'AOP. Cette année, aucune vendange ne sera vinifiée par la coopérative. La conséquence directe d'une crise qui s'est aggravée au fil des campagnes. En seulement un an, le vignoble est passé de 110 hectares à 40 hectares. Quant aux apporteurs de raisins à la cave, ils n'étaient plus que huit pour cette ultime campagne. La cave emploie actuellement quatre salariés qui n'ont pas souhaité s'exprimer. "C'est dur pour eux", soupire Hervé Cayrou, président de l'appellation Saint-Sardos. 
 
Pour ce viticulteur coopérateur, le constat est sans appel. "On peut dire que le changement climatique a tué l'appellation. S'il y avait eu encore des bonnes récoltes, je pense qu'on aurait pu rebondir. Mais le changement climatique arrive très vite, très fort." Depuis plusieurs années, le petit vignoble a dû affronter une succession d'aléas climatiques : sécheresses, canicules, épisodes de mildiou et récoltes amputées. À ces difficultés se sont ajoutées la baisse de la consommation de vin et le manque de perspectives économiques pour les exploitations.
 

Une cave coopérative devenue impossible à faire fonctionner

À l'origine, la cave regroupait plusieurs centaines de viticulteurs. Hervé Cayrou rappelle qu'ils étaient encore 340 adhérents dans les années 80. Ces dernières années, les départs se sont multipliés. "On était plus que huit pour une quarantaine d'hectares. Continuer une structure comme une cave coopérative avec seulement 40 hectares, c'était devenu impossible."
 
La cave représentait historiquement l'immense majorité du vignoble de l'appellation. Son arrêt entraîne donc mécaniquement la disparition de l'activité collective qui faisait vivre Saint-Sardos. Sur le plan administratif, l'appellation n'est pas encore supprimée. Elle est placée en sommeil. Mais dans les faits, il n'y aura plus de nouvelle récolte commercialisée sous cette dénomination tant que la situation restera inchangée. Pour le président de l'appellation, cette disparition revêt aussi une dimension patrimoniale. "J'ai commencé à la cave à 14 ans. Mon père faisait la vigne, mon grand-père faisait la vigne. C'est toute une histoire qui s'en va."
 

La Tucayne seul ambassadeur d'un terroir 

Au milieu de ce bouleversement, un seul producteur indépendant demeure : le Domaine La Tucayne, situé à Bouillac (Tarn-et-Garonne). David Delpech, cogérant du domaine avec l'œnologue Sébastien Almendros, regrette la disparition d'un partenaire historique. "C'est plutôt une très mauvaise nouvelle. Ça envoie un très mauvais signal pour l'activité viticole en général. La cave coopérative était l'acteur principal de l'appellation. On se retrouve un peu tout seuls maintenant."
 
 
Si le domaine peut continuer à produire du vin, maintenir seul une appellation n'est pas réaliste. "On représentait moins de 5 % des volumes en appellation. La charge administrative, budgétaire et les contrôles sont beaucoup trop importants pour une structure comme la nôtre." Le choix a donc été fait d'accompagner la mise en sommeil de l'AOP.
 

Les vins continueront d'exister, mais plus sous l'AOP

Pour autant, les amateurs ne verront pas disparaître immédiatement les bouteilles estampillées Saint-Sardos. Les stocks déjà agréés pourront encore être commercialisés pendant plusieurs années. "On va pouvoir continuer à boire du vin de l'appellation Saint-Sardos tant que nous aurons des stocks agréés, probablement pendant trois ans au minimum", précise David Delpech.
 
"Notre gamme ne disparaît pas. On continuera à produire les mêmes vins. On ne pourra simplement plus écrire Saint-Sardos sur les étiquettes." Les cuvées emblématiques comme Synergie ou Jupiter resteront commercialisées. La Tucayne poursuivra également son développement auprès des cavistes, restaurateurs et lors des salons de vignerons organisés partout en France. Le paradoxe veut même que cette année 2026 soit l'un des meilleurs millésimesconnues récemment par le domaine. "Cela faisait quatre ou cinq ans que nous n'avions pas eu une récolte aussi bonne en quantité."
 

Une disparition qui dépasse le seul monde du vin

Au-delà de l'arrêt d'une appellation, les acteurs du vignoble y voient le symbole des mutations profondes qui touchent l'agriculture. Pour Hervé Cayrou, les difficultés rencontrées par Saint-Sardos pourraient préfigurer celles d'autres territoires confrontés aux mêmes contraintes climatiques. "On va être une des premières appellations à disparaître des conséquences du changement climatique." Reste une autre question : celle du devenir des dizaines d'hectares récemment arrachés. Pour Hervé Cayrou, les perspectives demeurent limitées sur ces terres sèches et difficiles à cultiver. Certains agriculteurs regardent du côté de l'olivier ou du pistachier, mais ces productions nécessitent elles aussi de l'eau. D'autres se tournent vers l'élevage ovin. Faute de solution économiquement viable, une partie des parcelles pourrait également retourner à l'état de friche dans les années à venir.
 
Avec la disparition programmée de Saint-Sardos, le Tarn-et-Garonne perd l'une de ses quatre appellations viticoles. Il ne reste désormais que Fronton, le Brulhois et les Coteaux du Quercy.