Publié : 18h54 par
Stéphane Jacquemin

Grève des AESH : la colère monte dans les écoles

À Brive et en Corrèze, les accompagnants d’élèves en situation de handicap réclament un vrai statut

AESH SNES FSU BRIVE
À Brive, le SNES-FSU a invité les AESH du département à un café-revendicatif dans ses locaux
Crédit : Marie Broscolini©

Ce mardi 9 juin 2026, les AESH (accompagnants et accompagnantes d’élèves en situation de handicap) étaient appelés à la grève partout en France. Un mouvement largement suivi, y compris en Corrèze, pour dénoncer des conditions de travail toujours plus précaires et réclamer une reconnaissance à la hauteur de leur mission au sein de l’Éducation nationale. 

 

Un métier indispensable, mais sous tension 

Avec près de 145 000 personnels (dont 1600 pour la seule académie de Limoges), les AESH représentent aujourd’hui le deuxième corps de métier de l’Éducation nationale. Pourtant, sur le terrain, la réalité est loin de l’ambition affichée de l’« école inclusive ». 

 

À Brive, Florence Martel, AESH dans un lycée, témoigne d’un quotidien devenu ingérable : « Dans mon établissement, nous sommes deux pour accompagner 16 élèves. On dispose chacun de 5 à 6 heures par élève. » 

 

Des élèves souffrant notamment de dyslexie ou de troubles du spectre de l’autisme (TSA), qui ne peuvent pas toujours être accompagnés sur des matières essentielles :« Il est parfois impossible de les aider sur certaines disciplines, ne serait-ce que pour recopier les cours. » 

 

Des emplois du temps éclatés, des élèves laissés seuls 

Autre difficulté majeure : l’organisation. 

« En début d’année, j’ai changé mon emploi du temps dix fois. Chaque établissement "fait sa tambouille" pour nous placer. Résultat, certains élèves ne sont pas suivis sur des matières fondamentales. » 

Une situation qui a des conséquences lourdes : 

« Certains élèves perdent confiance et finissent par arrêter leur formation. » 

 

Le ministère ouvre des discussions… jugées à ce stade, insuffisantes 

Face à la mobilisation, le ministère de l’Éducation nationale a lancé des groupes de travail sur l’avenir de la profession. Mais les annonces ne rassurent pas les personnels. 

La principale revendication, la fonctionnarisation, ne concernerait que 10 à 20 % des AESH, une hypothèse jugée largement insuffisante par les syndicats. 

 

« Ce n’est pas une vraie inclusion » 

Pour Marie Broscolini, responsable des questions AESH au SNES-FSU dans l’académie de Limoges, la situation salariale est alarmante : « Aujourd’hui, c’est moins d’un SMIC. Certains collègues touchent autour de 900 euros. On voit des AESH avec 20 à 25 élèves, des emplois du temps à trous qui ne ressemblent à rien. » Et d’ajouter :  « Ce n’est pas une vraie inclusion. L’école inclusive ne peut pas se faire au rabais. » 

 

L’intersyndicale appelle à maintenir la pression 

Dans un communiqué commun, l’intersyndicale (FSU-UNSA-CFDT-CGT-SNALC-Sud Solidaires) rappelle que l’accompagnement des élèves en situation de handicap est une mission pérenne du service public et ne peut reposer sur des personnels précaires. 

 

Parmi les revendications portées : 

  • la création d’un véritable corps de fonctionnaires de catégorie B pour tous les AESH, 
  • un temps complet basé sur les missions réelles, 
  • une revalorisation salariale significative
  • la reconnaissance des qualifications et compétences
  • et les moyens d’une école pleinement inclusive

 

Un nouveau groupe de travail est prévu le 17 juin