Modifié : 17 septembre 2026 à 15h14 par
Johan Gesrel

Cahors : "J’ai 15 ans et je n’ai plus mes jambes", le témoignage de Faustine bouleverse le tribunal

Ce jeudi 17 septembre 2026, devant le tribunal correctionnel de Cahors (Lot), Faustine, 18 ans, a raconté sa vie depuis l'accident qui l'a rendue paraplégique à l'âge de 15 ans. À l'issue de l'audience, le conducteur a été condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis.

Coraline et Faustine Poettoz et leur avocate Constance Grivelet à la sortie du tribunal de Cahors.
Coraline et Faustine Poettoz et leur avocate Constance Grivelet à la sortie du tribunal de Cahors.
Crédit : Johan GESREL / TOTEM
Près de quatre ans après les faits, l'émotion a traversé toute l'audience du tribunal correctionnel de Cahors (Lot) ce matin. Au cœur du dossier, un accident survenu le 21 septembre 2022. Ce jour-là, une Peugeot 208 stationnée dans une rue en pente se met à reculer. Le véhicule, garé à un emplacement interdit selon l'enquête, percute une adolescente de 15 ans. Coincée sous la voiture pendant près d'une heure avant d'être dégagée par les secours, Faustine est grièvement blessée.
 
La présidente du tribunal, Christelle Rodalos, rappelle les principaux éléments du dossier. Un témoin explique avoir vu le véhicule frôler une première jeune fille avant de faucher Faustine. Les expertises ont établi que la voiture était stationnée dans une rue en pente, frein à main insuffisamment serré. Aucun défaut technique n'a été constaté sur le véhicule. Le conducteur avait par ailleurs reconnu avoir consommé du cannabis le matin même.
 
Les conséquences sont dramatiques. Polytraumatisée, Faustine souffre de multiples fractures et lésions. Touchée au visage, au rein et à la cage thoracique, elle a été hospitalisée six semaines avant huit mois de rééducation. Son interruption totale de travail a été fixée à douze mois. Elle est aujourd'hui paraplégique.
 

"Ce dossier ne raconte pas la peur"

Lorsque Faustine s'avance à la barre, le tribunal écoute en silence. La jeune femme de 18 ans a préparé un texte pour raconter ce qu'elle vit depuis l'accident. "Ce dossier ne raconte pas la peur, il ne raconte pas les nuits où l'on pleure en silence. Il ne raconte pas ce que l'on ressent lorsqu'on comprend que son corps ne répond plus." Elle décrit ses souvenirs sous la voiture. "L'odeur du goudron chauffé, la chaleur, le sang et surtout la peur de mourir." Puis vient le souvenir de l'hôpital et du moment où un infirmier lui annonce qu'elle ne remarchera plus. "J'ai 15 ans et je n'ai plus mes jambes."
 
Depuis cette nuit-là, son quotidien a changé. Elle vit en fauteuil roulant, a dû renoncer au volley-ball, au théâtre et à la moto. Elle doit également pratiquer un auto-sondage urinaire plusieurs fois par jour pour vider sa vessie. Une contrainte qui, selon les expertises, sera définitive. La jeune femme évoque également sa détresse psychologique. 
 
"J'ai eu des pensées suicidaires. J'ai fait plusieurs tentatives pour mettre fin à mes jours. Je ne dis pas cela pour qu'on ait pitié de moi." Avant de résumer ce que représente l'accident dans sa vie : "Pour lui, son geste a duré quelques secondes. Pour moi, ses conséquences durent toute une vie." Au terme de son intervention, Faustine a demandé que son histoire ne soit pas réduite à une procédure judiciaire ou à des expertises médicales : "Je ne suis pas seulement une victime dans un dossier. Je suis Faustine."
 
Sa sœur Justine, témoin direct de l'accident, raconte avoir vu la voiture percuter puis emporter sa cadette. Bouleversée, elle confie encore aujourd'hui ressentir une forme de culpabilité. "Ça aurait dû être moi, enfin ça aurait dû être lui." La mère de la victime, Coraline Poettoz, parle quant à elle d'un véritable bouleversement familial. "Je suis devenue la soignante de ma fille. Nous avons mis toute notre vie entre parenthèse."
 

"J'ai gâché la vie de la famille et de cette petite fille"

Face au tribunal, le conducteur reconnaît son erreur. Il explique sans émotion le jour du drame : "Je trouvais pas de place. Je me suis garé pour aller boire un café. Ça a pris pas plus de cinq minutes." Interrogé par la présidente puis par l'avocate de la partie civile, il admet avoir fait preuve d'imprudence. "C'était de l'inconscience de ma part." À plusieurs reprises au cours de l'audience, il présente d'une voix monocorde, sans affect apparent, ses regrets à la victime et à sa famille. "J'ai gâché la vie de la famille et de cette petite fille."
 

"Comment avoir des papillons dans le ventre...? "

Pour Me Constance Grivelet, avocate de la famille Poettoz, ce dossier ne se résume pas à un accident de la circulation. La défense des intérêts de Faustine passe aussi par la reconnaissance des conséquences subies par toute la famille depuis trois ans.  "Tout commence par un cri. Celui de Faustine bloquée sous la voiture, celui de Justine qui tente d'ouvrir le véhicule et celui de la mère qui assiste à la scène par téléphone." 
 
Me Constance Grivelet décrit une mère devenue aidante à temps plein, contrainte d'accompagner sa fille dans les gestes les plus intimes de la vie quotidienne, les rendez-vous médicaux et les déplacements. Elle évoque aussi les conséquences pour le père de famille, dont la vie sociale s'est progressivement réduite. L'avocate s'interroge enfin sur l'avenir de la jeune femme : "Comment construire sa vie sentimentale, avoir des papillons dans le ventre quand on est impotente ?" Avant de conclure : "Il n'est pas question d'indemnisation mais, en voyant la famille Poettoz, j'ai espoir que le tribunal leur rendra leur dignité."
 

Douze mois de prison ferme recquis par le parquet

Dans ses réquisitions, la procureure Clara Ribeiro salue avant tout le courage de Faustine. Elle rappelle que ce jour de septembre 2022 : "C'est le dernier jour où Faustine a marché." La magistrate souligne la gravité des conséquences de l'accident, la consommation de cannabis, le stationnement dangereux et les antécédents judiciaires du prévenu sans oublier son interpellation pour refus d'obtempérer quelques jours après l'accident. Elle requiert 24 mois d'emprisonnement dont 12 avec sursis probatoire, cinq ans d'annulation du permis de conduire ainsi que la confiscation du véhicule.
 
L'avocat de la défense, Me Laurent Belou, ne conteste pas les faits ni leur gravité, allant jusqu'à blâmer son propre client. "J'ai longtemps hésité à prendre ce dossier. Il n'a pas d'excuse, il ne devait pas être là ce jour-là." Avant d'ajouter : "Je ne serai jamais à la hauteur de ce qu'a dit la victime à la barre."
 

"Je suis très fière d'elle"

 
Le tribunal correctionnel de Cahors a finalement condamné le conducteur à trois ans de prison, dont deux ans assortis d'un sursis probatoire. Les juges ont également prononcé une obligation de soins et de travail, ainsi qu'une annulation du permis de conduire pendant cinq ans.
 
À la sortie du tribunal, la mère de Faustine accueille la décision avec un sentiment partagé. "Il y a de la satisfaction parce que la peine est supérieure aux réquisitions, mais aussi de la déception parce qu'on est loin de ce qu'il encourait", confie Coraline Poettoz. Elle retient surtout le courage de sa fille. "Elle a été exceptionnelle. Je suis très fière d'elle", souligne-t-elle après son témoignage de près de dix minutes à la barre. Si le procès est désormais derrière eux, la famille estime que le combat n'est pas terminé. "La page n'est pas tournée. Maintenant, il y a les expertises médicales. C'est le prochain combat."