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Johan Gesrel

Occitanie : 103 polluants retrouvés dans l'air que nous respirons

Ce mercredi 14 octobre 2026, Atmo Occitanie dévoile les résultats d'une étude inédite en France sur la présence simultanée de pesticides, perturbateurs endocriniens et PFAS dans l'air. Sur 191 molécules recherchées, 103 ont été détectées dans l'atmosphère de la région.

La ville de Montauban vue du ciel.
La ville de Montauban vue du ciel.
Crédit : Johan GESREL / TOTEM
Chaque jour, un adulte respire environ 15.000 litres d'air. Pourtant, la composition exacte de cet air reste encore méconnue. C'est pour combler ce manque de connaissances qu'Atmo Occitanie a lancé une étude présentée comme une première en France. L'objectif : mesurer simultanément la présence dans l'air de pesticides, de perturbateurs endocriniens et de PFAS, les désormais célèbres "polluants éternels".
 
Les résultats dévoilés ce mercredi 14 octobre 2026 montrent que ces différentes familles de polluants sont bien présentes dans l'atmosphère. Sur 191 molécules recherchées entre 2024 et 2025, 103 ont été retrouvées. Parmi elles, 42 pesticides, 48 perturbateurs endocriniens potentiels et 13 PFAS. Pour Emilie Dalix, présidente d'Atmo Occitanie, l'enjeu est avant tout scientifique : "C'est une étude inédite, une première en France. Nous souhaitons objectiver les débats en apportant de la connaissance scientifique sur ces questions de santé environnementale." L'organisme insiste également sur la nécessité d'inscrire ce suivi dans la durée afin de mieux comprendre l'évolution de ces polluants au fil des années et de mettre ces données à disposition des chercheurs.
 

Des polluants présents sur tous les sites étudiés

Les mesures ont été réalisées sur onze sites répartis dans différents environnements d'Occitanie : zones urbaines, viticoles, de grandes cultures ou encore de polyculture. Quatre d'entre eux ont fait l'objet d'une surveillance simultanée des pesticides, des perturbateurs endocriniens et des PFAS. La directrice générale d'Atmo Occitanie, Dominique Tilak, souligne un constat majeur : "Sur tous nos sites de mesure et sur tous nos prélèvements, quel que soit le lieu et la période, nous avons systématiquement au moins un perturbateur endocrinien retrouvé."
 
L'étude met notamment en évidence une forte présence de substances issues de la dégradation des plastiques, principalement des phtalates, mais aussi de composés liés aux phénomènes de combustion. Chauffage au bois, trafic routier, activités industrielles ou encore incendies peuvent contribuer à leur présence dans l'air. Selon les saisons, les profils d'exposition évoluent. Dans les secteurs viticoles de l'Aude, les fongicides sont davantage présents au printemps et en été. Dans les zones de grandes cultures de Haute-Garonne, les herbicides prennent davantage d'importance à l'automne, période des traitements des céréales d'hiver. Dans le Tarn-et-Garonne, premier département producteur de pommes, de prunes et de kiwis, aucune donnée n'est à ce stade disponible. "Les moyens financiers ne nous ont pas permis de pousser l'étude sur ce département", indique Dominique Tilak.
 
 

PFAS et perturbateurs endocriniens détectés toute l'année

Les PFAS et les perturbateurs endocriniens apparaissent comme les substances les plus constantes dans l'air étudié. Les scientifiques d'Atmo Occitanie les ont retrouvés sur l'ensemble des sites et durant toutes les saisons. Pour Dominique Tilak, cette campagne apporte une première photographie de la situation régionale. "On savait qu'on avait des pesticides, des PFAS et des perturbateurs endocriniens dans l'eau ou dans l'alimentation. Aujourd'hui, avec cette étude, on sait qu'en plus on en respire." Les chercheurs restent toutefois prudents sur les conséquences sanitaires d'une telle exposition. L'étude ne permet pas d'établir un risque pour la santé, mais elle met en évidence un "cocktail" de substances dont les effets cumulés demeurent encore mal connus. 
 

Un projet de recherche sur le cancer du poumon

Pour tenter d'y voir plus clair, l'association participe au projet PADDEL en partenariat avec le CHU de Toulouse. Coordonné par le pneumologue-oncologue Valentin Héluain, ce programme vise à croiser des données environnementales et médicales : "Près d'un quart à un cinquième des cancers du poumon surviennent chez des personnes qui n'ont jamais fumé. Cela pose la question du rôle de l'environnement dans ces cancers", explique le médecin.
 
L'étude cherchera notamment à vérifier si certaines expositions à ces polluants émergents sont associées à des formes particulières de cancers du poumon. Les chercheurs rappellent toutefois que l'existence d'une corrélation ne signifie pas automatiquement qu'un lien de causalité est établi.
Le projet, soutenu au niveau national, doit se poursuivre pendant dix-huit mois et mobilisera les données de plusieurs centres hospitaliers français.