Modifié : 11h58 par Tiphaine Coulon avec Olivier Cammas

Manifestations lycéennes : "ça ne va pas marcher", selon Jean-Paul Brighelli

Malgré les annonces du gouvernement, la mobilisation lycéenne pourrait se poursuivre. Invité de notre antenne ce mardi 26 octobre, l'essayiste et professeur de lettres Jean-Paul Brighelli estime que les revendications dépassent désormais le seul cadre scolaire et deviennent plus politiques.

Les lycéens de Brive réclament plus de moyens pour l'Education nationale.
Brive : des lycéens bloquent le lycée d’Arsonval le 29 septembre 2026.
Crédit : Stéphane JACQUEMIN / TOTEM

Les manifestations lycéennes ont marqué ces dernières semaines, poussant le gouvernement à annoncer plusieurs mesures destinées à répondre aux revendications exprimées dans les établissements et dans la rue. Mais ces annonces suffiront-elles à calmer la colère ? Pour Jean-Paul Brighelli, professeur de lettres et essayiste, la situation trouve son origine dans des difficultés bien réelles au sein du système éducatif. Il a répondu aux question d'Olivier Cammas ce mardi 27 octobre 2026.

 

Les difficultés du système scolaire à l'origine du mouvement

Pour l'auteur de La Fabrique du crétin, les raisons ayant poussé les lycéens à se mobiliser existent bel et bien. Il souligne notamment les inégalités entre établissements et la dégradation de certaines conditions d'enseignement. "Les lycées, pour ne pas parler des collèges qui sont dans un état épouvantable, les lycées sont arrivés au bout en quelque sorte de ce qu'on pouvait leur demander raisonnablement", affirme-t-il.
 
En revanche, Jean-Paul Brighelli estime que le mouvement a progressivement évolué. Selon lui, des acteurs politiques extérieurs chercheraient désormais à peser sur la mobilisation. Il évoque "l'action en sous-main de partis politiques extrémistes qui ont envie que ça pète".
 
L'essayiste se montre également critique envers certaines revendications entendues au cours des manifestations, notamment celles portant sur l'accès à l'enseignement supérieur.
 

Parcoursup et la sélection à l'université au cœur des débats

Interrogé sur les critiques visant Parcoursup et les demandes de suppression de toute sélection à l'entrée de l'université, Jean-Paul Brighelli rappelle que certaines réformes contestées aujourd'hui répondaient selon lui à des demandes anciennes des lycéens.
 
"La réforme Blanquer, c'était une revendication lycéenne. Voilà, ils voulaient plus de choix. On leur a donné", explique-t-il. Concernant Parcoursup, il estime que la plateforme tente de répondre à une difficulté structurelle liée au nombre d'étudiants souhaitant poursuivre des études supérieures. Il déclare : "On se retrouve avec 680.000 bacheliers et au maximum il y a 500.000 places en fac".
 
Pour autant, l'essayiste se montre sceptique quant aux mesures récemment annoncées par le gouvernement. À ses yeux, elles ne répondent pas aux causes profondes du malaise. À la question de savoir si ces annonces peuvent calmer la contestation, il répond par une image : "Ils ont essayé de caresser les lycéens dans le sens du poil. Bien sûr que ça va pas marcher".
 

Une mobilisation appelée à se poursuivre ?

Jean-Paul Brighelli estime que le mouvement pourrait se poursuivre après les vacances scolaires. Selon lui, les revendications prennent une dimension de plus en plus politique et il voit dans certaines pancartes ou slogans des ressemblances avec les mouvements contestataires du passé.
 
L'auteur va jusqu'à évoquer un risque de radicalisation du mouvement si les tensions continuent de monter. "Actuellement, c'est le grand n'importe quoi et ce grand n'importe quoi risque de dégénérer en émeute ouverte", juge-t-il. Pour autant, il n'anticipe pas forcément le retour immédiat de grandes manifestations nationales. Il envisage plutôt des actions plus ponctuelles dans les semaines à venir.