Modifié : 7 août 2026 à 9h20 par
Hélène Gosselin - Journaliste

A quoi ressemblait la Lozère au temps des dinosaures ?

Une équipe de paléontologues étudie les sédiments de huit gisements prélevés autour du Causse Méjean pour tenter de redessiner les écosystèmes du Jurassique.

Les chercheurs trient chaque grain pour trouver des micro-fossiles
Les chercheurs trient chaque grain pour trouver des micro-fossiles
Crédit : Hélène Gosselin

Saviez-vous que la Lozère est une terre de découvertes concernant l'époque du Jurassique ? Plusieurs empreintes de dinosaures y ont été découvertes ces 15 dernières années et cette semaine, une équipe de paléontologues s'est installée sur le Causse Méjean, dans le tout nouveau laboratoire de l'association Takh, pour explorer des sédiments provenant de différents sites. Hélène Gosselin est allée les rencontrer.

Reportage paléontologie
Reportage paléontologie
Crédit : Hélène Gosselin

Dans le laboratoire installé au Villaret, L'ambiance est studieuse, une dizaine de personnes sont affairées à regarder dans des loupes binoculaires. Je suis accueillie par Jean-David Moreau, paléontologue au laboratoire Geops, Université Paris Saclay. Voici l'entretien complet :

Alors, que se passe-t-il dans ce laboratoire ? 

On est dans le cadre d'un projet, une étude paléontologique qui est pilotée par l'Association Paléontologique des Hauts Plateaux du Languedoc, une association lozérienne qui s'intéresse de très près aux dinosaures de Lozère depuis déjà un certain nombre d'années. Ici on a une quinzaine de personnes, des paléontologues professionnels, des géologues, des étudiants, des membres de l'association, des autodidactes, qui s'intéressent à reconstituer quel était l'environnement dans lequel vivaient les dinosaures d'il y a 170 millions d'années. Ils cherchent des micros fossiles qui permettent de savoir quelles étaient les faunes et les flores qui cohabitaient avec les dinosaures durant le Jurassique. 

Et ces fossiles, d'où viennent-ils ? 

On a rassemblé dans le laboratoire des roches qui ont été collectées sur huit gisements paléontologiques autour du Causse Méjean. gorges du Tarn, gorges de la Jonte, et ces sédiments, on les a fait macérer dans l'eau oxygénée. On en a extrait suite à du tamisage, tous les fossiles qu'on peut trouver : des végétaux, des petits restes de vertébrés, des invertébrés qui témoignent de ces écosystèmes disparus. Et on est en train de trier grain à grain chacune des particules qu'on peut trouver. On les range dans des tubes et tout ça va partir en laboratoire pour être étudié. Chaque élément va nous permettre de déterminer quels étaient les animaux et les végétaux qui cohabitaient avec les dinosaures. 

Pourquoi en Lozère ? 

Ici, on a trouvé une multitude de sites à empreintes de dinosaures. Il y en a beaucoup. Ils ont 200 millions d'années pour certains, ils ont 170 millions d'années pour les plus rares. Mais ce qui est très intéressant, c'est qu'on a aucun ossement. Donc les empreintes sont le seul outil pour les paléontologues pour reconstituer quelles étaient ces communautés de dinosaures. Quels étaient ces animaux ? Quels étaient leurs comportements ? Et en plus de l'absence d'ossements, on a une inconnue quasiment totale sur l'environnement et donc l'écosystème dans lequel vivaient ces dinosaures. Et là, on tente de reconstituer quels étaient les paysages de l'époque du Jurassique. Par exemple, on connaît les empreintes de dinosaures de Castelbouc, qui ont 170 millions d'années. Chacune des empreintes fait jusqu'à 1,30 m de diamètre, donc des animaux qui faisaient jusqu'à 30 m de long, 50 tonnes et donc les quantités de végétaux qui étaient mangées par des troupeaux de sauropodes géants étaient énormes. Et nous cherchons à savoir ce qu'ils mangeaient.  

Si je me souviens bien, on sait quand même qu'il y avait une mer ici, que ce n'était pas du tout le même climat qu'aujourd'hui, ni le même environnement et le même paysage...

C'est vrai, durant le Jurassique, qui est une longue période qui dure pendant 55 millions d'années, on a une mer qui s'appelle Téthys. Cette mer recouvre la Lozère, recouvre une partie des grands Causses. Et cette mer va se retirer à trois reprises, au Jurassique basal, au Jurassique moyen et au Jurassique terminal. À chaque fois que la mer se retire, les communautés de vertébrés et donc de tétrapodes terrestres, dont les dinosaures, se réinstallent et recolonisent tous ces écosystèmes terrestres. 

Donc on a quand même des pistes... 

On a déjà des éléments. Ça fait 15 ans qu'on travaille sur ces gisements là, donc on a évidemment le fruit d'une d'une recherche assidue menée par l'équipe de l'association paléontologique lozérienne, qui nous a permis de collecter des déjà une multitude de données, mais on a encore plein de lacunes, plein de questions qui restent en suspens.  

Est-ce que depuis le début de la semaine, vous avez trouvé des choses, vous avez eu des surprises, des déceptions ? 

Ça fait quatre jours qu'on travaille sur le laboratoire et quatre jours qu'on cherche dans différents niveaux fossilifères, dans différents gisements. Et oui, il y a eu des trouvailles, des surprises, donc des fossiles qui sont petits, c'est à dire qu'ils font 2 à 4 millimètres pour les plus grands. Néanmoins, malgré leur taille, on a trouvé une très grande diversité d'organismes, des organismes marins et des organismes terrestres. Parmi les choses les plus surprenantes, c'est des fossiles de vertébrés et notamment, on a trouvé une multitude de dents de crocodiles, donc des crocodiles. On a trouvé des dents de poissons aussi, des écailles de poissons, des végétaux tels que des conifères, attribués à une famille de conifères qui aujourd'hui a totalement disparu, qu'on appelle les chairolepidiaceae. On est en train de découvrir des fougères aussi, des algues qui vivaient dans des milieux d'eau douce. Donc il y a des environnements de marais maritimes, des environnements de lagunes tropicales, des environnements de lacs d'eau douce, qui étaient traversés par ces fameux dinosaures du Jurassique. 

C'est passionnant. Ma dernière question, pour quelle raison est-ce que vous êtes venus les étudier ici chez Takh ? 

Alors, ça a été une véritable opportunité d'avoir une base scientifique qui a émergé ici à Takh cette année. L'association paléontologique a réfléchi à un projet à partir de la fin 2025 autour de l'installation d'un laboratoire éphémère et conjointement, ça a été un pur hasard, l'association Takh a créé sa base scientifique qui s'avère un lieu d'accueil parfaitement adapté à nos travaux. On est surtout sur un point central pour nous puisqu'on est au cœur des sites paléontologiques qui nous intéressent spécifiquement. Bref, un lieu idéal.