Modifié : 13 juillet 2026 à 9h38 par
Fabien Taccard Blanchin - Journaliste

Tour de France : malgré la canicule, la fête était au rendez-vous dans la côte du Suc au May

Étape raccourcie, vigilance rouge canicule et températures étouffantes : les conditions étaient particulières pour le passage du Tour de France en Corrèze. Au Suc au May, l'ambiance est pourtant restée intacte grâce à des milliers de supporters venus célébrer la Grande Boucle.

Le Tour de France au Suc au May
Le Tour de France au Suc au May
Crédit : FTB

 

Première journée de repos ce lundi sur le Tour de France. La veille, le peloton traversait la Corrèze entre Malemort et Ussel à l'occasion d'une étape rendue particulière par les fortes chaleurs. Face à la vigilance rouge canicule, les organisateurs avaient même décidé de raccourcir le parcours d'une trentaine de kilomètres. Une précaution nécessaire, mais qui n'a en rien entamé l'enthousiasme des milliers de spectateurs venus encourager les coureurs.

À Chaumeil, dans la mythique montée du Suc au May, il fallait pourtant mériter sa place. Selon les secteurs, les spectateurs devaient marcher entre vingt et trente minutes sous un soleil déjà écrasant pour atteindre les meilleurs points de vue. Mais une fois installés à l'ombre des arbres qui bordent cette côte de deuxième catégorie, l'ambiance était au rendez-vous dès les premières heures de la matinée.

 

LES « POUSSINS DU TOUR », FIDÈLES AU POSTE DEPUIS PLUS DE DIX ANS

Parmi les figures les plus remarquées de la montée, impossible de manquer Christophe et Jacky. Vêtus de leurs imposants costumes jaunes, ils se présentent avec fierté comme les « poussins du Tour ». « En poussin, ça fait plus d'une dizaine d'années qu'on vient. Mais sinon, on suit le Tour depuis au moins vingt-cinq ans », expliquent-ils.

Arrivés dès la veille pour s'assurer une place de choix, ils font partie de ces passionnés qui parcourent plusieurs étapes chaque année. Ce qui les attire encore après toutes ces éditions ? Bien plus que la simple compétition. « L'ambiance, la ferveur populaire, le plaisir, la joie de vivre. On rencontre des gens, on se fait des amis. C'est ça le Tour. »

Pour eux, la Grande Boucle reste un événement à part dans le paysage sportif : gratuit, populaire et rassembleur. « Regardez le monde qu'il y a autour de nous. Ça passionne tout le monde. Le Tour de France, c'est rassembleur. »

Et lorsque l'on leur demande un pronostic pour l'étape du jour, leur réponse est claire : « Ça sera forcément un champion. »

Christophe et Jacky gardent leur costume malgré la chaleur accablante

UN VERITABLE ZOO A CIEL OUVERT VENU DE LIMOGES

Quelques centaines de mètres plus loin, un groupe attire lui aussi tous les regards. Quatorze amis venus de Limoges ont fait le déplacement pour profiter de l'étape corrézienne avant de remettre ça quelques jours plus tard au Lioran (Cantal).

Leur particularité ? Tous sont déguisés en animaux. « Moi, je suis un homard », s'amuse Clément. À ses côtés, Lucas arbore un costume de pingouin. « Un pingouin des îles. Ce n'est pas très courant. » se marre ce dernier. Autour d'eux, le reste de la bande compose une véritable arche de Noé : jaguars, lapin, perroquet, renard, méduse et bien d'autres encore. « On est un zoo réuni ! On s'est échappés mais on s'est rassemblés », plaisantent-ils.

Derrière les déguisements, tous partagent la même passion : l'ambiance unique du Tour de France. « On adore l'événement, le monde que ça ramène. On aime la fête, faire vivre les gens et profiter tous ensemble. » Et pour la course, les encouragements vont d'abord aux Français. En cette veille de 14 juillet, ils rêvent déjà d'un succès tricolore dans les reliefs corréziens.

 

Les animaux de Limoges

LA CARAVANE, TOUJOURS AUSSI POPULAIRE AUPRÈS DES FAMILLES

Comme souvent sur le bord des routes du Tour, la caravane publicitaire a constitué un temps fort de la journée. Margot, Nora et de nombreux autres enfants sont repartis les bras chargés de souvenirs. « On a eu des bonbons, des sacs, des gâteaux », énumèrent-elles.

À leurs pieds s'accumulent drapeaux, maillots, casquettes et divers cadeaux récupérés au fil du passage des véhicules publicitaires. Lison, elle aussi, a réalisé une belle moisson. « On a eu beaucoup de bobs, quelques sacs et beaucoup de bonbons », raconte-t-elle. Parmi les animations les plus marquantes, la célèbre caravane Cochonou n'est pas passée inaperçue avec son cortège de véhicules anciens, et son ambiance sonore. Mais malgré tout, pour la jeune spectatrice, le principal restait ailleurs.

« Je voulais quand même voir les coureurs », confie-t-elle. Même si, reconnaît-elle avec franchise et sourire, elle ne connaît pas encore les noms des champions attendus.

ARRIVES AVANT 11 HEURES POUR SOUTENIR LES FRANÇAIS

Pour certains supporters, l'attente a commencé très tôt. C'est le cas de Titouan et de ses amis. Installés dans la montée avant 11 heures du matin, ils avaient prévu l'essentiel pour affronter cette journée caniculaire : glacières remplies d'eau, chaises de camping et ravitaillement. Originaires de Bordeaux, ils avaient déjà assisté à l'arrivée de l'étape deux jours plus tôt avant de faire le déplacement en Corrèze.

Dans leurs mains, une pancarte attire l'attention : « Gré-gloire », un clin d'œil au coureur français Romain Grégoire. « Il a été champion de France récemment et puis c'est un Français. On espère toujours une victoire française sur le Tour. »

Pour eux, cette étape vallonnée pouvait parfaitement convenir à un baroudeur capable de créer la surprise. Pendant l'attente, la caravane leur a permis de patienter agréablement. « On a eu des Tourtel Twist, les fameux bobs Cochonou, des pâtes, des bonbons, des sacs... » Et lorsqu'il faut désigner les trophées les plus convoités : « Le bob Cochonou, quand même ! »

L'un des nombreux panneaux de spectateurs

APRÈS LES COUREURS, DIRECTION LE LAC POUR UNE BAIGNADE SALVATRICE

Car ce 14 juillet corrézien restera aussi marqué par la chaleur. Une chaleur telle (40 degrés) que les organisateurs avaient adapté l'étape afin de préserver coureurs, bénévoles et spectateurs. Une fois le peloton passé, beaucoup ont naturellement cherché un peu de fraîcheur. À quelques kilomètres seulement de la montée du Suc au May, les rives de l'étang de Maurianges ont rapidement accueilli de nombreux visiteurs.

Jean-Jacques fait partie de ceux qui n'ont pas hésité longtemps. « Ah oui, c'était incontournable de venir faire trempette après. » Installé dans un gîte voisin avec sa famille, il avait rejoint le bord de route par un sentier forestier avant de revenir profiter du lac qu'il connaît depuis son enfance. « Je le fréquentais déjà il y a soixante ans. C'est avec plaisir qu'on revient. »

Une ultime parenthèse rafraîchissante pour conclure une journée où, malgré des températures exceptionnelles, la magie populaire du Tour de France a une nouvelle fois opéré au cœur de la Corrèze.

Le maillot jaune Tadej Pogacar dans la monée du Suc au May