Publié : 17h36 par
Johan Gesrel

Tarn-et-Garonne : à peine élu Jean-Claude Bertelli perd sa majorité le jour-même

Coup de théâtre au conseil départemental de Tarn-et-Garonne à Montauban ce lundi 13 avril 2026. Après moult retournements de situations, le nouveau président divers droite Jean-Claude Bertelli se retrouve bloqué avec une liste de vice-présidents de l'opposition PRG-Socialiste. Explications.

Jean-Claude Bertelli, le nouveau président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne.
Jean-Claude Bertelli, le nouveau président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne.
Crédit : Johan Gesrel

La politique "façon puzzle" a encore frappé au pays des tontons flingueurs. Ce lundi 13 avril, le conseil départemental de Tarn-et-Garonne a été le théâtre d'une série de retournements de situations rocambolesques qui conduisent aujourd'hui la collectivité à une situation de blocage comme rarement on ne l'avait vu. 

 

Acte 1 : trois candidats de gauche pour une même majorité

Trois tours ont été nécessaires ce lundi matin pour élire un successeur à Michel Weill, l'ancien président PRG du conseil départemental démissionnaire depuis son élection à la mairie de Montbeton. La majorité composée du PS et des Radicaux de gauche tenait jusqu'ici à une voix avec 16 élus sur les 30 que compose l'hémicycle départemental. 

Au premier tour, cinq candidats se présentent dont trois issus de cette même majorité : Valérie Rabault vice-présidente socialiste sortante, ancienne députée, conseillère maître à la Cour des comptes ; Jean-Luc Deprince, conseiller PRG battu aux dernières élections sur sa commune de Beaumont-de-Lomagne, et José Gonzalez, le doyen de l'assemblée, figure historique des radicaux du Tarn-et-Garonne. Face à eux : l'ancien maire de Réalville Jean-Claude Bertelli, classé divers droite, et Clarisse Heulland conseillère de Montauban LR. 

Résultat : Jean-Claude Bertelli et Valérie Rabault arrivent en tête avec 8 voix chacun, suivis de José Gonzalez et de Clarisse Heulland (6 voix chacun) et Jean-Luc Deprince (1 voix). Un bulletin blanc est enregistré. 

Au second tour, seul Jean-Claude Bertelli se présente seul du côté de la droite. Il obtient 14 voix contre 8 pour Valérie Rabault et 7 pour José Gonzalez qui se sont maintenus sans avoir donné l'impression de se concerter. Là encore un vote blanc est enregistré. 

Acte 2 : rabibochage à gauche et victoire de Jean-Claude Bertelli avec des voix du RN et de LFI

S'ensuivent plus de deux heures de suspension de séance où socialistes et radicaux vont et viennent de conclave en conclave. Les voix s'échauffent, l'opposition bout d'impatience et réclame un retour en séance plénière. Au final, vers 13h, un troisième tour oppose Jean-Claude Bertelli et Valérie Rabault. Une entente semble donc scellée entre les alliés de gauche. Les deux candidats récoltent le même nombre de voix : 15. Jean-Claude Bertelli, 76 ans, l'emporte alors au bénéfice de l'âge sur Valérie Rabault, 52 ans.  

Au décompte des voix, on découvre que le nouveau président est élu avec les voix du Rassemblement National de Romain Lopez, celle du centriste Jean-Philippe Bésiers et, plus étonnant, celle de Ghislain Descazeaux candidat aux dernières municipales de Montauban dans la liste soutenue par LFI de Samir Chikhi.

 

Acte 3 : les vice-présidents de l'opposition élus à une voix près

De retour après une pause déjeuner d'une heure, les élus se retrouvent en séance. Le nouveau président Jean-Claude Bertelli fait voter le principe de réunir l'ensemble des trente élus tous bords confondus dans la commission permanente de façon à instaurer plus de transparence dans la gestion des affaires courantes. La mesure suscite une large majorité et semble donner lieu à un début de concorde.

Puis, c'est un nouveau coup de théâtre qui se joue avec l'élection des vice-présidents.  Une première liste issue de la nouvelle majorité est présentée par Jean-Philippe Bésiers. Elle inclut Romain Lopez (RN), Ghislain Descazeaux (ancien socialiste proche de LFI), Christian Astruc (proche de Renaissance) et Jérôme Beq (lui-même élu dans l'ancienne majorité PS-PRG de Michel Weill jusqu'à l'hiver dernier).  

L'autre liste PS-PRG présentée par Valérie Rabault comprend entre autres Dominique Sardeing (PS), José Gonzalez (PRG), Jean-Luc Deprince (PRG). 

Acte 4 : "C'est le flou le plus total"

Résultat : 15 voix pour la liste de Valérie Rabault contre 14 pour celle défendue par Jean-Philippe Bésiers. Jean-Claude Bertelli se retrouve donc en situation de blocage. Une sorte de "cohabitation made in Tarn-et-Garonne", obligé de gouverner avec ses opposants. À 16h, la séance est levée. Les élus se regardent, se concertent. "Voilà ce que c'est quand on vote à droite, c'est toujours le bazar" fustige l'ancien président du département Jean-Michel Baylet au moment de partir.

C'est l'incompréhension jusque dans les services du conseil départemental. En coulisse, des agents ne cachent pas leur désarroi : "On ne sait vraiment pas ce qu'il va se passer pour la suite. C'est le flou le plus total" nous confie un agent.