Publié : 26 mars 2026 à 10h00

« Il se marrait un peu » … Bernard Charles sur Lionel Jospin

Alors qu’un hommage national sera rendu à Lionel Jospin ce jeudi, l’ancien maire de Cahors se souvient de l’ancien Premier ministre, qu’il a beaucoup croisé lors de son bail à Matignon.

sommet franco britannique Cahors 2001 (attention photo AFP !)
Tony Blair, Jacques Chirac et Lionel Jospin réunis pour la conférence de presse de clôture du sommet
Crédit : AFP

Lionel Jospin qui s’est éteint ce dimanche 22 mars 2026 à 88 ans, est probablement celui qui mieux que quiconque, à réussi à incarner la gauche plurielle de 1997 à 2002. Jusqu’à que cette gauche se crashe à la présidentielle du 21 avril. L’ancien maire de Cahors Bernard Charles voyait Lionel Jospin toutes les semaines à l’époque en tant que président  du groupe Radical Citoyen Vert à l’Assemblée, qui pesait 33 députés. "Il était très soucieux que mon groupe vote tout pour éviter le 49 3". Un poids qui permettait au maire de Cahors d’avoir une oreille attentive à Matignon.  "Lorsqu’il était Premier ministre, on a eu le commissariat, on a eu la réfection du tribunal, des BTS à Gaston Monnerville…  J’étais soigné, oui, mais comme tous les présidents de groupe, quand on en a besoin ", sourit l’ex député-maire. " Les socialistes avaient peur de lui parler, mais moi j'étais très libre avec lui ".

Le séisme du 21 avril

Pour Bernard Charles, Lionel Jospin aurait dû arriver jusqu’à l’Elysée …"Il aurait été élu si il avait passé le cap du 1er tour. Peut-être que la gauche n’a pas compris, et elle aurait dû le comprendre, que c'était une gauche plurielle qui pouvait gagner. C'est le même problème qui va se poser aux prochaines présidentielles. Lionel l’a réussi avec son gouvernement, mais après, ils ont tous voulu être candidats. Rien que dans mon groupe, j’en avais trois (Jean-Pierre Chevènement, Noël Mamère et Christiane Taubira elle-même membre du PRG comme Bernard Charles). A l’époque, François Hollande (alors premier secrétaire du PS) m'a dit : « Tu devrais discuter avec Jospin parce que c'est dangereux de faire ça ». C'est d’ailleurs le seul qui me l'a dit. Et on est allé le voir en lui disant « Tu veux pas qu'on essaie de ne pas avoir tant de candidats ? » Il a dit non … Ca, c'était le Jospin très protestant. « Non, c’est normal que tout le monde se présente»… Le résultat est celui que vous connaissez…" Bernard Charles a-t-il eu l'occasion d'en reparler avec lui après ce séisme de 2002 ? "Ah non, quand on le rencontrait, on avait pour consigne de ne pas en dire un mot "…

 

"L'austère qui se marre"

Comment  Bernard Charles résumerait-il le caractère de cet "austère qui se marre", comme Lionel Jospin se définissait lui-même ?  

"Il se marrait un peu, oui … " . Avant de tempérer aussitôt : "J'avais connu ça avec [Gaston] Deferre (figure de la résistance et du PS, ancien maire de Marseille de 1953 à 1986). Ce côté protestant… ils ne sont pas hautains, mais quand ils parlaient de la République, c'était la République … . Il [Jospin] avait supprimé d'ailleurs tous les fonds qui transitaient par les cabinets. (la réforme des fonds spéciaux en 2001). Il était très rigoriste sur le plan de l'argent, des passe-droits" ….

Pour la deuxième partie de la définition, Bernard Charles garde quand même en tête ce sommet franco-britannique dont l’exécutif avait fait cadeau à Cahors en février 2001. Un événement comme les villes de nos départements n’en ont pas vécu depuis. L’ancien député se souvient avoir reçu deux coups de fils en l’espace de quelques minutes : D’abord celui de Jospin : « Bernard, tu auras certainement le sommet franco-britannique dans l’année qui vient. Le Premier ministre britannique aime bien le Sud-Ouest (il reviendra d’ailleurs séjourner au château de Lagrézette, où il avait reçu Jean-Pierre Raffarin alors Premier ministre, durant l’été 2002) »… Cinq minutes plus tard, c’est la préfecture qui l’appelle et qui lui passe Jacques Chirac : « Charles ! Vous aurez le sommet à Cahors, j’y tiens … ». Au final, lequel a fait venir ce sommet ? Je ne sais pas ".

 

"Tu vas faire une promenade Radicale ..."

Le rendez-vous aussi officiel soit-il, avait été marqué par de grands moments de convivialité. Dans son discours de clôture, Jacques Chirac avait salué « le soleil dans le ciel et dans le sourire » des Lotois. Parmi ces moments de convivialité, ce déjeuner servi à la Chantrerie, qui avait mis à l’honneur la gastronomie lotoise et les vins de Cahors. Bernard Charles se remémore cette anecdote lorsque lui et Jean Milhau, président du Conseil Départemental aujourd’hui décédé, avaient offert des truffes du Quercy à Jacques Chirac et Tony Blair : « c’est plus utile pour toi que pour moi » avait lancé le Chef de l’Etat au Premier ministre britannique, allusion aux vertus aphrodisiaques que l’on prête au diamant noir.

Plutôt que de s’engouffrer directement dans les voitures officielles direction l’aéroport le plus proche pour regagner Paris aussitôt, il y avait eu aussi cette déambulation boulevard Gambetta à l’issue du sommet, à laquelle Lionel Jospin s’était prêté, en s’arrêtant bavarder ici et là, notamment au kiosque qui vendait encore la presse à l’époque. Une promenade qu’il avait terminée par un pot dans une brasserie.  

"C’est moi qui l’ai poussé" confie Bernard Charles. Je lui ai dit,  « tu vas faire une promenade Radicale » (rires). Mais l’idée lui a plu et il m'a dit, « t’as raison, je vais le faire ». Au final, il était très content. Je lui ai dit, « ça te fait du bien, Lionel, de voir des gens terre à terre comme ça ».

Lionel Jospin était un peu dans sa région à Cahors. Elu député de Haute-Garonne en 1986, il avait brigué la présidence de la Région Midi-Pyrénées mais avait été battu par le ruthénois Marc Censi en 1992. Il était resté élu du Département à Cintegabelle, jusqu’à son retrait de la vie politique en 2002.