Modifié : 11h05 par Benjamin Terrié

Climatisation : Passer d’un pays qui a besoin de se réchauffer à un besoin de se refroidir

Alors que les températures grimpent et que le débat autour de la climatisation se polarise à nouveau, Guillaume Meunier, expert bas-carbone chez A4MT et membre du collectif « Nos villes à 50° », était l'invité de TOTEM. Loin des postures idéologiques, il remet les pendules à l'heure : balance bénéfices-risques, comparaison avec nos réfrigérateurs et urgence de santé publique face au changement climatique.

Canicule chaleur

Pour ou contre la clim ? Ce clivage permanent agace profondément l'ingénieur Guillaume Meunier. Selon lui, cette focalisation fait perdre un temps précieux au lieu d'aborder le problème de la chaleur plus globalement. Il reconnaît deux défauts majeurs à la climatisation : le rejet local de chaleur à l'extérieur et la nécessité d'un entretien rigoureux des fluides frigorigènes, souvent négligé en France. Malgré cela, la balance penche très nettement du côté des bénéfices.

Climatisation et réfrigérateur : une comparaison scientifiquement sérieuse

Cette semaine, une comparaison a beaucoup fait réagir : la climatisation ne serait rien d'autre qu'un grand frigo. Une réflexion validée par l'expert : "Mon côté ingénieur vous dirait que oui, c'est assez sérieux, parce que c'est le même processus physique derrière : produire du froid en récupérant du chaud."

Sur le plan de la consommation d'énergie, la comparaison tient également la route, balayant ainsi les idées reçues. Contrairement à un réfrigérateur qui fonctionne 24h/24h et 365 jours par an, les climatiseurs domestiques ne sont utilisés que de manière ponctuelle, quelques heures ou quelques jours durant les pics de chaleur. Au final, si l'on regarde l'impact sur l'année entière, les ordres de grandeur de consommation s'avèrent tout à fait comparables.

De la climatisation de confort au soin de survie

Guillaume Meunier dresse un parallèle historique saisissant : en 1959, seuls deux Français sur dix possédaient un réfrigérateur, avant que l'équipement ne se généralise en à peine quinze ans pour atteindre 90 % des ménages. La France s'apprêterait à vivre la même transition avec la climatisation.

"Pour certaines personnes, les personnes fragiles, la climatisation est quasiment équivalente à un soin. C'est un peu comme si, à un moment donné, vous disiez à un diabétique : Non, tu ne peux pas te soigner. Dans certains cas, on n'est plus dans la technique, on est proche de la survie."

Si la France accuse historiquement un certain retard d'équipement, c'est avant tout culturel. La France a toujours cherché à se chauffer. Aujourd'hui, le climat bascule, et le pays doit apprendre à se refroidir, à l'image de ses voisins espagnols ou italiens. L'enjeu est d'organiser un déploiement intelligent, en priorité dans les régions les plus exposées comme le Sud, avant une généralisation inévitable.

L'isolation d'abord

Face au choix du matériel (climatisation réversible, monobloc, climatiseur mobile), l'expert se veut pragmatique : pour une personne âgée ou souffrant de pathologies en période de canicule, l'utilisation d’une clim mobile reste.

Cependant, pour une démarche durable et performante, l'installation doit s'intégrer dans un changement sur le bâti. Avant même d'acheter un appareil, des actions systématiques doivent être menées : isoler les toits et les parois, installer obligatoirement des stores extérieurs sur toutes les fenêtres pour bloquer les rayons du soleil, et maximiser l'aération nocturne. C'est cette alliance entre conception intelligente du logement et équipements raisonnés qui permettra de traverser les étés de demain.