Modifié : 18h04 par
Fabien Taccard Blanchin - Journaliste

Canicule : précocité et fortunes diverses pour les récoltes

Après 23 jours de fortes chaleurs et une canicule record en durée à l'échelle nationale, les conséquences se font sentir dans les vergers du Tarn-et-Garonne. Pommes, noisettes et raisins affichent une avance inhabituelle. Malgré des situations contrastées selon les productions, un constat s'impose : l'eau devient plus que jamais un enjeu majeur.

Christophe Belloc, producteur de pommes à Les Barthes
Christophe Belloc, producteur de pommes à Les Barthes
Crédit : FTB

 

Dans les vergers tarn-et-garonnais, l'été 2026 laissera une empreinte durable. Pommes, noisettes et Chasselas de Moissac arrivent avec plusieurs jours d'avance, même si les conséquences diffèrent selon les productions.

À Mas-Grenier, Samuel Delord, président de l'Association des producteurs indépendants de noisettes françaises (APINF), constate un décalage inédit. Producteur de pruneaux et de noisettes, il récolte habituellement 120 tonnes de noisettes et 200 tonnes de pruneaux. « On a à peu près 15 jours de décalage par rapport aux récoltes précédentes », explique-t-il.

Selon lui, cette avance est directement liée aux deux mois de fortes chaleurs quasi continues observées entre la fin mai et la mi-août. Une situation qui touche l'ensemble des vergers du département.

Même constat du côté des pommes. À Les Barthes, près de Moissac, Christophe Belloc, producteur de pommes, poires et kiwis et président de l'Union de coopératives BlueWhale, a démarré la récolte des premières Gala avec près de dix jours d'avance.

Son exploitation produit environ 8.000 tonnes de fruits chaque année, dont près de 7.500 tonnes de pommes. La campagne débute traditionnellement avec les Gala à la fin juillet avant de s'achever avec les Pink Lady à la fin novembre. « On a démarré avec dix jours d'avance, en pleine chaleur et avec cette sécheresse », souligne-t-il.

À Cazes-Mondenard, où il produit autour de 70 tonnes de raisins par an, Julien Custody, président du syndicat de défense de l'AOP Chasselas de Moissac, évoque lui aussi une saison particulièrement avancée. « On a au moins dix jours d'avance par rapport à l'an dernier, qui était déjà une année précoce. »

La cueillette du célèbre raisin devrait débuter dans les prochaines semaines.

 

DES FRUITS MARQUÉS DIFFEREMMENT SELON LES CULTURES

Si la chaleur a accéléré les maturités, ses conséquences varient selon les productions. Pour les noisettes, les dégâts sont parfois importants. Les températures ont dépassé régulièrement les 35 degrés, avec jusqu'à 45 ou 47 degrés mesurés dans certains vergers en plein soleil. « Les branches exposées à l'ouest ou au sud ont brûlé. Les noisettes sont tombées avant maturité et l'amandon ne s'est pas formé correctement », décrit Samuel Delord.

Les pertes sont actuellement estimées entre 15 et 20 % selon les parcelles. De nombreuses noisettes tombées au sol sont creuses ou impropres à la consommation.

Du côté des pommiers, l'effet est différent. Les fruits sont globalement de bonne qualité gustative, mais la chaleur a modifié leur apparence. « Pour avoir de la couleur, on a besoin de fraîcheur le matin. On ne l'a pas eue cette année », explique Christophe Belloc.

Résultat : des pommes moins rouges qu'à l'habitude mais davantage sucrées. Certaines ont également subi des brûlures solaires.

« Les fruits les plus exposés, aux extrémités des rangs ou en haut des arbres, ont pris des coups de soleil. Certains présentent des teintes plus orangées. »

Le calibre est également impacté. Sous l'effet du stress hydrique et des fortes températures, les fruits ont moins grossi lors des dernières semaines de développement. Comme la campagne s'annonçait déjà peu productive avant la canicule, les tonnages devraient être légèrement inférieurs aux années habituelles.

Pour le Chasselas de Moissac, en revanche, les indicateurs sont encourageants. Grâce à l'irrigation présente sur une grande partie du verger, la production a relativement bien résisté.

« Aujourd'hui, tous les voyants sont au vert en termes de qualité », se réjouit Julien Custody. La couleur dorée recherchée par l'appellation est déjà visible dans certaines parcelles dès la mi-août.

« On a déjà une coloration parfaite qu'on retrouve parfois seulement au début du mois de septembre. » Comme pour les autres fruits, les teneurs en sucre s'annoncent élevées cette année. « On a déjà le goût du chasselas. Sur tous les fruits, on retrouve des taux de sucre très importants. »

Malgré quelques pertes localisées sur les parcelles non irriguées, parfois jusqu'à la perte totale des raisins, la récolte globale devrait rester proche des volumes habituels de l'appellation, autour de 1.800 à 2.000 tonnes.

 

L'EAU, LA PRÉOCCUPATION COMMUNE DE TOUS LES PRODUCTEURS

Derrière ces situations différentes, un même sujet revient dans toutes les exploitations : l'accès à l'eau.

Pour les pommes comme pour le raisin, les parcelles ayant bénéficié d'une irrigation régulière ont beaucoup mieux résisté à la canicule. Christophe Belloc souligne que les récoltes ont été maintenues partout où les ressources en eau sont restées suffisantes. En revanche, certains producteurs des coteaux de Moissac ont vu leurs réserves s'épuiser au fil de l'été.

Même analyse chez Julien Custody. Selon lui, les vignobles non irrigués concentrent aujourd'hui l'essentiel des pertes observées sur le Chasselas.

Pour Samuel Delord, la question dépasse désormais le seul cadre de l'année 2026. « Il y a cinq ou dix ans, c'était beaucoup plus simple de produire. Aujourd'hui, on a des canicules qui durent deux mois. »

Le président de l'APINF estime que le stockage de l'eau deviendra déterminant pour l'avenir de l'arboriculture française. « Si on n'arrive pas à mieux gérer et stocker l'eau, on va vers des problématiques très compliquées. »

Après un hiver particulièrement pluvieux et un été exceptionnellement chaud, les producteurs du Tarn-et-Garonne en sont convaincus : l'adaptation au changement climatique passera d'abord par la gestion de la ressource en eau. Une question qui s'annonce centrale pour les prochaines récoltes.