Un agriculteur lozérien jugé pour avoir empoisonné sept loups du parc du Gévaudan
Il a envoyé régulièrement, entre novembre 2024 et septembre 2025, des boulettes de viande hachée mélangée à un raticide par dessus la clôture du parc.
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24 mois de prison avec un sursis probatoire de 2 ans et 10 000 euros d'amende. C'est la condamnation prononcée ce mardi 23 juin, par le Tribunal de Mende (Lozère) à l'encontre d'un agriculteur lozérien pour avoir empoisonné sept loups du parc des loups du Gévaudan.
Entre novembre 2024 et septembre 2025, sept loups sont retrouvés morts dans le parc lozérien, le plus grand parc où vivent des loups en Europe. La piste de l'empoisonnement est rapidement envisagée, confimée par des autopsies et des analyses toxicologiques. Le climat se tend à l'intérieur de la structure où chaque animal a un nom, un caractère. D'autant que le parc fête ses 40 ans d'existence. "Chaque matin en faisant le tour des enclos, on s'attendait à découvrir un nouveau loup mort, témoigne Sylvain Macchi, responsable zootechnique du site depuis 30 ans. C'était difficilement supportable." D'autant que les conséquences vont au-delà de la mort de sept animaux. "Dans une meute, ce sont les dominants qui mangent en premier, ce sont eux qui ont été empoisonnés, ce qui a entraîné une explosion des affrontements entre les subordonnés et six autres loups ont été tués dans ces bagarres", complète Audrey Prucca, la zoologue du parc.
L'enquête se poursuit avec l'installation de caméras de surveillance, à l'intérieur du site, qui engage 37 000€ pour ces équipements, et à l'extérieur avec une surveillance organisée par les gendarmes. Des centaines d'heures de vidéo sont visionnées qui permettent de repérer deux véhicules, passant dans un intervalle de 5 jours avant la découverte de loups morts. Le poison anti-coagulant, faisant effet dans un délai de 1 à 7 jours. Ces deux véhicules, une voiture et un tracteur, appartiennent à la même personne, un agriculteur qui habite dans le secteur.
"J'en avais ras-le-bol"
Placé en garde-à-vue, le jeune homme, âgé de 26 ans, reconnaît tout de suite les faits, avant même l'arrivée d'un avocat. Il réitère à la barre du tribunal correctionnel de Mende : "Oui, c'est moi. Je n'ai rien contre le loup en soi. J'en avais ras-le-bol. Il y en a partout autour du parc, et ils attirent les vautours et on trouve des os avec de la chair dans l'abreuvoir des vaches. C'était un coup de tête". Un coup de tête répété. Une dizaine de fois, l'accusé envoie par dessus la clôture des boulettes de viande hachée mélangée à un raticide. Il ne s'arrête que lorsqu'il constate l'installation de nouvelles caméras de surveillance.
La présidente du Tribunal lui demande s'il regrette. "Un peu, parce que je vais payer une amende", répond-il. La peine encourrue pour la destruction d'une espèce protégée s'élève à 3 ans d'emprisonnement et 150 000€ d'amende. Le jeune homme ne semble pas prendre conscience de la gravité de ses actes. Ce que souligne le Procureur de la République dans son répuisitoire : "La réflexion est inaboutie. On a là un comportement schizophrénique avec quelqu'un qui aime les animaux mais empoisonne ceux du voisin", pointe Valéry Morron. Il requiert 2 ans de prison avec sursis, le casier de l'agriculteur étant vierge, et 50 000€ d'amende.
L'avocat de la défense, Maître Alain Dibandjo, plaide une peur du loup qui remonte à des siècles, et qui imprègne aujourd'hui encore le département de la Lozère. Il souligne les difficultés récurrentes des agriculteurs face à la présence du loup, même si son client n'a pas été touché personnellement.
Le Tribunal condamne donc l'agriculteur à 2 ans de prison avec sursis probatoire de 2 ans et 10 000€ d'amende.
La Selo, la société d'économie mixte de Lozère qui gère le parc des loups du Gévaudan n'est pas portée partie civile.
Deux autres affaires ont secoué la Lozère récemment concernant la destruction d'espèces protégées : Un chasseur a été condamné à un an de prison avec sursis et plus de 40 000€ de préjudice pour avoir abattu un loup sauvage sans autorisation et un autre chasseur a écopé de 18 mois de prison avec sursis et des indemnités importantes pour avoir abattu un gypaète barbu. L'affaire a été jugée en mars dernier.
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