Publié : 27 février 2026 à 10h36 par FTB

Système D en période d’inondation : comment les infirmiers libéraux s’organisent

Les inondations survenues ces dernières semaines compliquent fortement les déplacements des infirmiers libéraux. Malgré l’obligation de continuité des soins, aucun dispositif n’est prévu pour les aider. Janis Francazal, représentante de la profession et installée dans le Tarn-et-Garonne, décrit un quotidien fait d’improvisation et d’entraide.

Route inondée - inondations février 2026
Route inondée - inondations février 2026
Crédit : JG

 

Quand les routes disparaissent sous l’eau, les infirmiers continuent leur tournée… mais parfois au prix de détours interminables et de risques bien réels. Dans le Tarn‑et‑Garonne, les fortes précipitations ont laissé derrière elles de nombreuses zones inondées. Et sur ces secteurs, les tournées des infirmiers libéraux deviennent un vrai parcours du combattant. Janis Francazal, cadre nationale de la Fédération des infirmiers, et secrétaire générale de l’URPS infirmiers à Moissac, raconte : « C'est assez compliqué. C'est un peu le système débrouille, on improvise. On peut avoir d'énormes détours à faire… Ce qui rallonge les tournées et complique l’accès aux patients. »

Avant même de commencer les soins, il faut parfois réussir à rejoindre son secteur d’exercice. Résultat : temps de travail allongés, patients difficiles à atteindre, et incertitude permanente sur la praticabilité des routes.

 

TRACTEURS, BARQUES ET ENTRAIDE : LA SOLIDARITE LOCALE COMME SEULE SOLUTION

Face à l’absence de protocole officiel, les soignants s’appuient sur la solidarité des habitants. « Quand on est connu sur le terrain, on a des contacts avec les élus locaux. On s’arrange. Parfois on fait appel aux pompiers. Dans le Lot‑et‑Garonne, des sauveteurs ont même porté des infirmières à dos d’homme jusqu’aux patients. »

Agriculteurs, maires, riverains… Tout le monde met la main à la pâte.
Des tracteurs sont parfois utilisés pour franchir les zones inondées, ou même des barques. Une organisation artisanale, mais indispensable.

 

CONTINUITE DES SOINS : UNE OBLIGATION… SANS MOYENS

Les infirmiers libéraux sont la seule profession libérale à être légalement tenue d’assurer la continuité des soins, même en pareille circonstances.  « On peut parfois reporter certains soins, en déléguer d’autres à des familles formées. On peut faire un peu de téléconsultation ou du téléphone… Mais certains patients âgés ne maîtrisent pas ces outils. » 

Plus que la logistique, c’est le stress qui pèse : « On se dit : je dois absolument aller chez les patients. Mais parfois, ce n’est pas possible… Et on risque aussi de se mettre en danger. »

 

AUCUNE INTÉGRATION AUX PLANS DE SAUVEGARDE : UNE REVENDICATION FORTE

Malgré leur rôle essentiel, les infirmiers libéraux ne sont intégrés à aucun dispositif de gestion de crise. « On n’a rien du tout. On n’est pas intégrés dans les plans locaux de sauvegarde. Pas reconnus comme une filière prioritaire. Même pas informés des routes impraticables. On cherche les infos sur les Facebook des mairies. »

Pourtant, leur présence peut éviter des drames chez des patients fragiles ou isolés. « On nous envoie des courriers l’été pour les plans canicule, mais pour le reste, rien. C’est un non‑sens. Nous sommes des « gatekeepers », des lanceurs d’alerte potentiels pour le système de soins. »

Elle rappelle que lors des incendies de Gironde, certains infirmiers avaient organisé eux-mêmes des filières d’évacuation. La capacité est là, la reconnaissance non.

 

DES DEMANDES D’INDEMNISATION EN ATTENTE AU NIVEAU NATIONAL

Au-delà des conditions d’exercice, les conséquences financières sont réelles : kilomètres supplémentaires, journées perdues, soins impossibles à réaliser. « La Fédération nationale des infirmiers est la seule organisation à avoir demandé officiellement à la CNAM une indemnisation. Dans le 82, nous avons un accord avec la CPAM, mais d’autres départements attendent une décision nationale. »

Une aide jugée indispensable pour soutenir une profession « qui a beaucoup donné et beaucoup galéré » pendant les inondations.