Publié : 12 mars 2026 à 19h35 par Hélène Gosselin

Justice. 10 mois avec sursis requis contre un agriculteur de la Coordination rurale

Il est mis en cause pour entrave à la circulation et mise en danger des usagers de la route

Le mis en cause sortant du tribunal de Mende où l'attendent ses soutiens
Le mis en cause sortant du tribunal de Mende où l'attendent ses soutiens
Crédit : Hélène Gosselin

La salle du tribunal de Mende était pleine ce jeudi 12 mars, pleine d'agriculteurs de la Coordination rurale. Un de leurs membres comparaissait suite au blocage installé à l'intersection de la RN88 et de la RD808 au niveau de Barjac le 7 janvier 2026. C'était un jour de vigilance jaune au froid et au verglas en Lozère. L'agriculteur est accusé d'entrave à la circulation et mise en danger des usagers de la route.

Ce soir-là, vers 16h30, trois tracteurs gagnent cette intersection qui relie d'un côté Mende à l'autoroute A75 et de l'autre rejoint Marvejols. L'agriculteur mis en cause est le premier sur les lieux. Les trois engins se positionnent pour bloquer les voies. Ils sont rapidement rejoints par d'autres tracteurs. Les gendarmes en recensent jusqu'à neuf et une dizaine d'agriculteurs. Dans un premier temps le barrage est filtrant, seules passent les voitures, au compte-goutte. Les poids lourds doivent patienter. Rien d'inhabituel en cette période de mobilisation contre la stratégie de lutte contre la dermatose nodulaire bovine (DNC). Partout en France au même moment ont lieu des barrages.

L'agriculteur explique que ce blocage était fait "pour soutenir les manifestants que les autorités empêchaient de monter à Paris". Mais sur place, la nuit commence à tomber, la neige également. Le département est placé en vigilance jaune pour froid et verglas. "Nous avons demandé à Monsieur le Préfet, à la sénatrice et à la députée de Lozère de venir. S'ils avaient pris leur responsabilité, si le Préfet nous avait au moins téléphoné, on aurait levé le blocage", argumente l'agriculteur. Le Procureur rappelle, sourire aux lèvres, les propos qu'on l'entend dire dans une vidéo : "Ici vous êtes poli, vous dites Monsieur le Préfet, mais dans cette vidéo, vous dites : "Ce soir c'est la banquise. On veut voir les trois pingoins sur la banquise"". Le syndicaliste ne nie pas :"C'est gentil les pingoins !"

Au fil des minutes et des heures, les véhicules s'accumulent jusqu'à former 5km de bouchon. Les automobilistes s'impatientent, certains font demi-tour et empruntent des itinéraires secondaires qui ne sont pas déneigés. 

C'est vers 18h45 que le membre de la CR 48, identifié par les gendarmes comme le "leader" de la mobilisation, est arrêté et emmené pour une garde à vue. Il y restera quatre heures. Le préfet de la Lozère et le président du département avaient condamné à l'époque cette action réalisée sans prévenir les autorités et dans des conditions climatiques très défavorables. Sur le moment aucun accident n'est à déplorer. Quelques jours plus tard, une femme sera entendue par les gendarmes. Elle avait à bord quatre enfants et c'est en prenant un autre itinéraire indiqué par son GPS qu'elle s'est retrouvée coincée en bas d'une montée. Ses jeunes passagers et elle-même ont eu à peine le temps de descendre du véhicule avant qu'il ne glisse cent mètres en contrebas. Elle s'est portée partie civile.

Ce jeudi, après une longue démonstration, le procureur de la République pointé un comportement stupide, irresponsable, sans organisation et sans rapport avec les revendications agricoles. Il a rappelé qu'en deux ans, c'est la seule fois qu'il a mis un agriculteur manifestant en garde à vue, "alors qu'[il] a été interpelé de nombreuses fois par des élus pour intervenir", précise-t-il. Au vu des antécédants du mis en cause, qui a déjà un casier judiciaire, Le Procureur requiert 10 mois de prison avec sursis et 6 mois de suspension de permis de conduire. Maître Alain Dibanjo, pour la défense, plaide la relaxe. Il demande pourquoi son client était le seul à la barre et appelle le tribunal à ne pas faire de son client un exemple à cause de son appartenance syndicale. Le jugement est mis en délibéré. Décision attendue le 2 avril.