Modifié : 28 septembre 2026 à 19h42 par
Johan Gesrel

Cahors : "La confiance est totalement rompue", grève à l'accueil pour enfants polyhandicapés

Depuis une semaine, les salariées de l'Établissement pour enfants et adolescents polyhandicapés (EEAP) de Cahors (Lot) sont en grève. Elles dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail et une rupture du dialogue avec la direction. Les parents des enfants accueillis ont lancé une pétition demandant la démission de la directrice et du bureau du conseil d'administration.

Les salariés de l'APAJH 46 ont installé un piquet de grève depuis une semaine.
Les salariés de l'APAJH 46 ont installé un piquet de grève depuis une semaine.
Crédit : Sabine Donnarumma / DR
Depuis le mardi 22 septembre 2026, une partie importante du personnel de l'Établissement pour enfants et adolescents polyhandicapés (EEAP) de Cahors (Lot) a cessé le travail. Selon les grévistes, 10 salariés sur une équipe de 15 participent au mouvement selon les jours. À l'origine de cette mobilisation, un conflit qui couve depuis plusieurs mois au sein de la structure gérée par l'APAJH 46. Les salariés assurent avoir alerté à plusieurs reprises leur direction sur un mal-être grandissant au travail.
 
Selon Fanny Girard, aide médico-psychologique depuis quinze ans et élue au comité social et économique (CSE), plusieurs alertes ont été tirées dès l'hiver dernier : "Nous avons fait plusieurs signalements du mal-être de l'équipe avec une non-reconnaissance de la part de la direction. À un moment, 50 % de l'équipe était en arrêt de travail", explique-t-elle. À la suite d'un droit d'alerte, une enquête confiée à une psychologue du travail et ergonome a été menée auprès des salariés, de la direction et de différents partenaires institutionnels.
 

Un audit qui pointe des risques psychosociaux

Selon les représentants du personnel, la restitution de cette enquête, le 9 juillet dernier, a mis en évidence plusieurs difficultés au sein de l'établissement. Les salariés évoquent notamment un niveau d'alerte élevé concernant les risques psychosociaux, des rapports sociaux dégradés, un sentiment de non-reconnaissance du travail, une charge mentale importante et une gouvernance jugée trop centralisée. Fanny Girard affirme également que certains professionnels seraient en situation de stress post-traumatique.
 
La direction se serait engagée à suivre les recommandations formulées à l'issue de l'enquête. Mais la situation s'est brusquement tendue le lundi 21 septembre lors d'une réunion institutionnelle. Les salariés disent avoir appris que la direction avait effectué un signalement auprès de l'Agence régionale de santé (ARS) concernant de supposés défauts de surveillance et de soins auprès des jeunes accueillis. "Nous n'avons pas eu d'éléments factuels et nous avons voulu en échanger avec elle, mais elle ne l'a pas souhaité", affirme la représentante du personnel. Pour les grévistes, cette démarche a provoqué une rupture définitive de la confiance avec leur direction.
 

Les parents affichent leur soutien aux salariés

Dans ce dossier, les familles des enfants accueillis ont choisi de prendre publiquement position. Une pétition a été mise en ligne afin de demander la démission de la directrice ainsi que la dissolution du bureau du conseil d'administration. Les signataires affirment avoir construit au fil des années une relation de confiance avec l'équipe éducative et soignante. Ils demandent davantage de transparence concernant les signalements en cours et souhaitent qu'une évaluation indépendante permette d'établir les faits.
 
Dans leur texte, les parents rappellent également leur inquiétude face aux conséquences du conflit sur leurs enfants polyhandicapés accueillis au quotidien. Ils réclament notamment la continuité de l'accompagnement, le maintien d'un environnement stable et sécurisant ainsi qu'une prise en compte de la parole des familles.
 

Une rencontre attendue et un soutien politique

Les salariés se disent aujourd'hui éprouvés par ce conflit social qui dure depuis une semaine. Une cagnotte de soutien a par ailleurs été mise en place pour compenser les pertes de salaire liées à la grève. Une rencontre entre la direction et les salariés grévistes doit avoir lieu afin de tenter de renouer le dialogue ce mercredi 30 septeùbre 2026. Une délégation doit également être reçue par le député du Lot Aurélien Pradié.
 
Sollicitée par TOTEM, la direction de l'établissement n'avait pas donné suite à nos demandes au moment de la publication de cet article.